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Entretien avec Catherine Filloux

Vous documentez-vous beaucoup avant d’écrire ?

Oui, je fais beaucoup de recherches, j’ai basé mes pièces sur des histoires enregistrées dans lesquelles je crée des caractères composites. Après quinze ans d’études sur le Cambodge, j’ai réussi à comprendre les particularités inhérentes au génocide Khmer rouge et elles m’ont amenée à Lemkin, au Rwanda, et à la Bosnie. J’ai passé du temps à Sarajevo, et j’ai détaillé le génocide rwandais jour après jour. J’ai bien sûr lu autant de livres que possible traitant du sujet. Ce qui m’a bouleversée, c’est de réaliser combien les faits étaient connus avant même qu’ils ne soient perpétrés. Lemkin était persuadé que la communauté internationale devait arrêter les génocides dès leurs premières manifestations.

Vos pièces, qui sont de l’ordre de la responsabilité collective, ont-elles eu un impact ; ou leur cri n’a t-il pas dépassé l’enceinte du théâtre ? Le théâtre a-t-il pour vous un devoir de mémoire ?

Absolument. Au Cambodge, on n’enseigne pas Pol Pot dans les écoles. Nuon Chea, le bras droit de Pol Pot est toujours en liberté et prospère... à un poste dans le gouvernement. Je suis passée souvent devant sa belle villa lorsque j’étais à Phnom Penh*. Mon rapport avec le Cambodge m’a amenée à croire, avec les bouddhistes, que ce que nous partageons en tant qu’humains, est la souffrance. Ma pièce la plus récente, sur le cyclone Katrina en Louisiane, traite elle aussi de l’inhumanité de la société à l’égard de certains de ses membres. Lemkin a sacrifié le personnel au profit du collectif, et il croyait au pouvoir des États-Unis à influer dans ce sens. Son personnage nous permet de nous refaire. Je ne vois pas la pièce comme une biographie, mais comme une exploration de l’essence de son rêve.

* Nuon Chea, le plus haut dignitaire de l’ex-gouvernement maoïste cambodgien après Pol Pot, a été arrêté et inculpé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité le 19 septembre 2007.