Avec ce spectacle, vous nous transportez dans des contrées imaginaires follement surréalistes. Êtes-vous aussi un grand bourlingueur dans la vie
réelle ?
Patrick Robine : Enfant, j’ai toujours rêvé de partir. Ce que j’ai fait quand je suis devenu grand. Mon père avait lui-même fait tout le tour de l’Afrique
et il nous promettait toujours de nous y emmener, mais en réalité nous n’avons jamais dépassé la frontière espagnole. Mes parents ne roulaient pas sur l’or. Nous habitions
Bordeaux et je me souviens qu’on partait le week-end dans le Médoc. Nous avions découvert une maison en ruine au milieu des bois. On s’y était installé. Mon père faisait cuire
des saucisses sur un gril. On sortait toutes nos affaires de la voiture, on tendait des tissus pour se protéger de la pluie et l’on vivait là pendant quelques jours. Pour moi,
c’était la vie de château. Plus tard j’ai un peu roulé ma bosse, notamment dans le métier des parfums, puis j’ai vécu un temps au Canada, aux Etats-Unis, en Afrique noire puis
dans Les Landes.
Comment êtes-vous devenu le Patrick Robine que nous connaissons aujourd’hui, qui raconte des histoires à dormir debout, imite l’oeuf au plat comme personne, le zèbre
dans la savane, les abeilles, l’éléphant ou encore le frémissement des grands séquoias à la tombée du soir ?
Patrick Robine : J’ai toujours beaucoup observé. Voir un oeuf tomber dans de l’huile bouillante, c’était pour moi enfant quelque chose de terrible et même
cruel. Et puis, il y a les bruits. J’aime bien les bruits. Je m’ennuyais beaucoup pendant les cours de mathématique ou de chimie, alors je reconstituais la mer, les
chevaux ; je faisais des bruitages dans mes mains en creux contre mon oreille, des films entiers. C’est Pierre Vassiliu, un ami de longue date, qui m’a poussé à monter
sur scène. Je me souviens notamment d’une croisière sur le Norway où je faisais mes sketches. Il y avait des gens comme Marius Constant, Pierre Etaix, Henri Salvador… Moi je
faisais mes trucs un peu partout sur le bateau, mes sketchs illustrés d’imitations insolites. Ils m’ont encouragé. Pierre Etaix m’a dit : « Personne ne fait
l’éléphant comme toi ». En 1992, j’ai laissé tomber mon ancien métier pour la scène. Je m’étais jeté un défi de tout apporter au public avec rien sinon la force des mots,
du regard, du souffle et du geste.
Avec La Ferme des concombres, vous nous embarquez encore plus loin que d’habitude dans un ailleurs improbable et en même temps familier. Vous devenez presque un
raconteur d’histoire, ce ne sont pas des sketches cette fois ?
Patrick Robine : je n’ai jamais vraiment produit de sketches, mais il m’est arrivé quelques fois bien sûr pour des passages radio ou émissions de télé de
devoir isoler des « séquences » de mes spectacles. Pour être franc, je ne sais pas expliquer ce que je suis vraiment sur scène quand je deviens objet, animal ou
végétal, mais je sais le faire. J’écris toujours beaucoup, de plus en plus, car ma crédibilité repose sur l’écriture et le jeu d’acteur. Je note des rêves, des idées. Là, ça
s’inspire un peu de mon père. Il nous embarque avec toute la famille, et des voisins de quartier, à travers le désert à la recherche de cette ferme qui est une sorte de paradis
sur terre… le graal. En chemin, on rencontre toutes sortes de phénomènes et de personnages, une cucurbitologue, un serrurier-chamane, un paysagiste perdu… En fait, quand je
tiens une idée, je la poursuis jusqu’au bout et je tisse une histoire.