Il y a vingt-quatre ans, cet homme était mon grand amour. Nous étions un couple, à l’époque. Et nous en sommes encore un aujourd’hui.
Romy dans La femme d’avant
« Je jure que je t’aimerai toujours. » Parce qu’il lui a dit cela il y a vingt-quatre ans, Romy revient sonner à la porte de Frank. Brandissant ce serment de l’adolescence,
elle réclame son dû. Entre-temps, Frank s’est marié et a un fils de dix-neuf ans. Sa vie devrait-elle s’arrêter là parce qu’une femme oubliée émerge du passé et fait brutalement
irruption dans le présent du couple Frank/ Claudia ? En écho, le fils et sa petite amie vivent leur histoire qui ressemble étrangement à celle de Romy et de Frank. Le destin
des êtres est-il déterminé ou est-il voué aux hasards, bifurcations, chocs des rencontres ? Le temps est-il cyclique qui ramène au présent des instants oubliés, des exigences
en souffrance, des dettes impayées qu’il faut honorer au prix de sa vie ?
Sous le couvert d’un drame conjugal, Roland Schimmelpfennig touche à la tragédie antique, fait sauter le cadre spatio-temporel. Image par image, il capte l’instant, retourne en
arrière, se décale légèrement, reprend le motif, se répète. Cet auteur capital de la scène allemande renouvelle l’approche et la portée des grandes questions existentielles à la
lumière du paradoxe, de l’incertitude et de la complexité. Ses pièces arborescentes expriment par la forme et le fond le caractère aléatoire de nos existences peuplées de rêves
d’ordre, d’achèvement et de paix, quand tout n’est que désordre créateur et chaos. La permanence dans le bouleversement, l’analyse du réel éternellement inachevé, l’impact des
subjectivités sur nos comportements et sur les faits, sont au cœur des pièces de Roland Schimmelpfennig. Avec pour seul vecteur, les passions humaines…
L’idée de la pièce m’est venue d’une peur, celle que quelqu’un puisse surgir du passé et vous confronte à des choses que vous auriez dites au temps vous étiez tout jeune.
C’est une idée que j’avais depuis longtemps, qui me hantait mais je ne savais pas quoi en faire. Après y avoir travaillé intensément pendant un an, je suis revenu au point de
départ. Je savais que je voulais faire quelque chose qui saute en arrière et en avant dans une structure en spirale et là je l’ai réécrite en deux mois.
Roland Schimmelpfennig