spectacle extraordinaire. texte fort qui vous bouleverse et vous secoue meme si vous connaissez beaucoup de faits de cette période. et par son universalité et son humanité.
les mots simples sont par moments des couperets.
Dominique Blanc est une IMMENSE comédienne qui fait ici un travail remarquable. a voir absolument et à faire découvrir aux jeunes générations.
Au départ une lecture, née d'une volonté de Patrice Chéreau et Dominique Blanc de créé un projet commun, La Douleur est devenue un spectacle où Chéreau, Thierry Thieû Niang et
Blanc mettent en scène le texte de Marguerite Duras dans un espace scénique sobre, où la lumière blanche et forte met alternativement en valeur les deux espaces créés sur
scène par une rangée de chaises et une table carrée couverte de livres et de cahiers et d'un téléphone, laissant le reste du plateau volontairement agrandit et dénudé dans la
pénombre.
Ces deux espaces qui s'opposent, à jardin la rangée de chaises dont l'une est orientée à l'inverse des autres et à cours la table de travail carrée, représentent, d'un côté le
monde extérieur, la gare d'Orsay où sont accueillit les prisonniers revenus, le bureau où l'auteur-personnage demande avec angoisse si son mari, Robert L. n'est pas revenu, ce
monde où la vie continue, s'organise, se dynamise, et de l'autre le monde intérieur de Marguerite Duras, son bureau, mais surtout sa vie à elle, figée dans la douleur de
l'attente et l'incertitude, au point d'en perdre l'appétit et le sommeil.
Et cette ombre tout autour. L'ombre à la limite de l'esprit? L'ombre de l'intolérable incertitude qui enveloppe le présent et l'étouffe?
Dominique Blanc, menu corps de femme sur le plateau rendu immense, qui attend dans le silence que la salle s'éteigne, se taise et lui prête attention. Une présence, une voix
qui emplit l'espace pour transmettre toute la tension et la puissance du texte, à travers des silences chargés de sens et d'émotion qui lui donnent du relief et mettent en
valeur des mots ou des morceaux de phrases, comme « Ce n'est pas possible, le cœur va s'arrêter. Non. » ou ce « J'ai faim » qui clos le spectacle.
Le bruit de ses pas résonne dans le silence. On a une impression de lenteur apparente, mais qui laisse transparaître une pensée fébrile qui n'en peut plus de se contenir. Un
travail de regards aussi, qui traduisent un dialogue et un conflit intérieur, mais aussi les différentes adresses du texte: Les Gens, D., Robert L., elle-même...
La comédienne par ses regards parvient à nous faire voir les espaces qu'elle décrit et auxquels on ne peut que croire avec elle, comme « ce fossé noir » où elle sait
voir le cadavre de son mari.
L'extrait mis en scène se divise en deux parties, deux combats: d'abord l'attente, la survie improbable, l'incertitude d'un retour, la lutte contre le désespoir, puis le
retour, mais toujours l'incertitude de la vie face à la mort qui « le cernait de tous côtés » et enfin, victoire de la vie par ce « j'ai faim »
final.
Avec ce spectacle, Patrice Chéreau témoigne d'une volonté de rappeler d'où l'on vient, de se souvenir du chemin parcouru, d'un travail de mémoire. Ici, le théâtre aurait une
fonction de transmission. Transmission d'une mémoire de cette période historique de la seconde guerre mondiale, mais aussi d'un texte littéraire, des émotions, des doutes et
des réflexions qu'il soulève et que le metteur en scène nous propose avec ce spectacle de revisiter et de réactualiser.
Ce texte de Marguerite Duras est contemporain des évènements racontés, elle l'écrit pendant ces moments d'absence et d'attente intolérable et expose en désordre ses pensées,
ses sentiments. Ce qui en fait un texte extrêmement intime et met le spectateur dans la position délicate du voyeur, donnant l'impression d'être toléré sous la condition
exclusive du silence et de la discrétion absolue.
A la fois, ce n'est pas un texte de théâtre, et, si c'est un long monologue, lorsqu'il est publié 40 ans après le retour de Robert Anselme, il est plus destiné à être lu que
joué. La question se pose alors: Peut-on faire entendre sur scène ce texte autobiographique intime? Patrice Chéreau, Thierry Thieû Niang et Dominique Blanc nous prouvent que
Oui! On retrouve toute la force de ce texte poignant où, en nous livrant sans voile ses sentiments, son ressenti personnel, Marguerite Duras par la voix de Dominique Blanc
nous touche profondément, car on reçoit ses mots de plein fouet, sans filtre. On ne peut pas ne pas entendre ce cris de douleur et d'angoisse profonde. Et on éprouve en
désordre ces sentiments d'angoisse, de compassion, de malaise de notre position de spectateur-voyeur et de notre totale impuissance face à ce qui se déroule devant nos yeux,
de soulagement aussi, de n'avoir jamais vécu cette angoisse, et qui s'accompagne d'une prise de conscience que notre compréhension de ces évènements restera toujours
incomplète, car on ne peut pas imaginer, pas ça. Parce qu'on ne les a pas vécu, certains aspects de l'Histoire nous restent éternellement hermétiques. Et pourtant, c'est une
période historique dont on a entendu parlé, dont on a étudié les faits, appris les dates et le nombres des victimes à l'école, mais non. Le texte de Marguerite Duras et le
spectacle qu'en tirent Patrice Chéreau, Thierry Thieû Niang et Dominique Blanc nous en proposent une autre approche, un regard subjectif, une autre manière de voir, une autre
perspective pour chercher à connaître cette période de notre histoire.
Après les derniers mots, un silence, celui du calme après la violence de la tempête de mots et d'émotions, puis, le tonnerre ......... d'applaudissements.
Travail remarquable.
Dominique Blanc est Marguerite Duras dans l'insupportable attente du retour de son mari déporté. Elle lui ressemble presque physiquement dans son désarroi. On pourrait la
croire folle. A travers son discours erratique et obsessionnel à la fois , on voit les déportés dans les ravins comme si on y était.
C'est prodigieux.
Décor minimal très efficace.
Au théâtre de la Cx Rousse hier au soir, la salle archi-comble était debout pour communier avec Dominique Blanc à la fin de l'attente.
Inoubliable.