... Dans La Chevauchée sur le Lac de Constance Handke utilise le plateau comme un laboratoire. Les conventions, «les poses» du théâtre sont étudiées comme des reflets de
notre attitude sociale: comment le langage et les gestes dont nous nous servons pour communiquer sont devenues des forces qui dominent et manipulent. Le plateau, chez Handke,
n’est pas le «miroir de la vie», cependant il indique que le théâtre a tiré ses images et ses conventions des jeux que joue la société, la société qui paye la note...
...Handke met en question l’idée que nous nous faisons de notre attitude. Il démonte les éléments constitutifs de notre attitude et dipose les fragments isolés de telle manière
que nous prenons conscience de la «fine couche de glace» des conventions sur laquelle nous patinons. Il essaye de nous faire voir le fait que nos moyens de communication - le
langage et les gestes - sont des facteurs qui nous manipulent, et bien que nous pensions avec arrogance être parfaitement capables de contrôler ces facteurs. Les conventions que
le théâtre a établies et affermies sont les modèles des clichés que nous avons acceptés comme étant un moyen «normal» de faire face à la réalité; Handke nous montre les clichés de
théâtre pour ce qu’ils sont en les sortant de leur contexte normal et en les confrontant les uns aux autres d’une manière qui les rend incompatibles...
...Malgré un enchaînement apparemment accidentel d’événements et d’actions, la pièce de Handke est très fortement structurée; chaque mesure a son poids précis, son temps imparti,
sa définition dans la trame compliquée de la pièce, comme une note de musique. La structure du spectacle, une fois créée au cours des répétitions, une précision absolue dans
l’exécution était impérative. Rien d’étonnant à ce que le spectacle ait semblé à la plupart des acteurs plus dur et plus épuisant que ce qu’ils avaient joué par le passé. On
pouvait penser à ce que Brecht avait appelé « la chose aisée difficile à atteindre». Ce mélange de précision parfaite et d’abandon enjoué suscitèrent une attitude spécifique
des acteurs envers le public. Ils n’étaient plus à même de prêter attention à l’humeur ou à la «sympathie» des spectateurs....
Carl Weber
Extraits de son article paru dans The drama Review n°54, juin 1972 (New York)