5 SCÈNES À 2 3 PERSONNAGES
Corinne (la femme), Richard (le mari) et Rebecca (la maîtresse)
Martin Crimp met en jeu le couple, en reprenant les motifs du drame conjugal et en cassant les codes psychologiques grâce à l’architecture de l’écriture.
On assiste à un combat pour la défense de territoires intimes.
Ceux auxquels on estime avoir droit dans notre société,
LE BONHEUR
Un statut social, de l’argent, une belle maison,
la liberté, la connaissance, l’indépendance, la création, la jouissance.
Comment faire pour l’obtenir, pour le conserver, jusqu’où peut-on aller ?
Comment s’accommode t’on du pire en croyant l’atteindre?
Les 3 personnages utilisent les mêmes mots, parlent de la même façon, ont un vocabulaire récurrent, qui rythme les scènes.
Le vocabulaire est simple, répétitif, musical.
Musicalité, fl uidité, rapidité du texte, sont les exigences de jeu des acteurs.
«- Vous avez ma montre ?
- Quoi ?
- Ma montre. Je portais une montre.
- Vraiment ?
- Oui. Une montre en or.
- Une montre en or.
- Oui. Avec un bracelet doré. Une montre en or avec un bracelet doré.
- Elle est sur la table.» (Extrait de la scène III, Rebecca et Corinne)
Les 3 corps s’impriment, s’incrustent sur notre rétine, dessinent l’espace.
L’augmentation ou l’effacement des distances entre les acteurs jusqu’au contact, sont conscients.
Les corps ne sont jamais en repos.
Les personnages sont occupés par la pensée, par l’effort de rechercher le mot juste.
LE LIEU EST UNIQUE
Intérieur : Une grande pièce, des chaises de bois, une vieille table.
L’espace physique, une grande pièce n’agit pas (directement) sur l’action, (sur le jeu).
C’est l’imaginaire de la campagne et de la maison qui agit sur les personnages.
«- Vous ne pouvez pas partir. Non. Il n’y a rien…
- Où est ma /veste ?
- S’ il vous plaît. Il n’y a rien dehors. Il n’y a pas de …
- Je ne peux pas partir ?
- (…) lumière. Il n’y a pas de (… ) Il n’y a que la campagne. Il n’y a pas de lumière ni de (…)
- Je ne peux pas partir de votre /maison ? Quoi ?» (extrait de la scène III, Corinne et Rebecca)
Le public sera dans une proximité recherchée avec les acteurs, au plus proche de l’espace de jeu.
On prendra appui sur l’architecture de chaque lieu pour que le public ait la sensation d’entrer, d’être à l’intérieur.
Les accessoires sont les éléments (qui structurent l’espace), indispensables.
Verre d’eau, sac, vieux téléphone à fi l, ciseaux, montre, paire de chaussure.
Un mur de verre, une paroi de papier, un téléphone orange suspendu constituent le décor.
LE TEMPS EST UNIQUE, suspendu dans les 4 premières scènes : Nuit
Une très grande fenêtre donne sur la campagne.
La campagne est synonyme d’isolement.
Seule, la dernière scène se passe 2 mois plus tard : Le jour, un matin.
LA LUMIÈRE structure l’espace et souligne l’isolement :
La densité de la nuit est parallèle à la confusion et aux mensonges des personnages.
La pleine lumière du jour est signifi ante de révélations, d’aveux, de mises à nu.
Les personnages s’éclairent à certains moments de vérité, d’humour.
LE SON
Le silence de la campagne est un silence où l’on entend toujours quelque chose.
Le son du papier qu’on découpe, le papier froissé, déchiré.
Les corps qui se frôlent, les bruits des pas, les craquements.