On a beaucoup parlé de Pinter, on a ensuite évoqué le nom de Beckett, mais pour découvrir que Spiro Scimone est simplement Spiro Scimone, ou peut-être éventuellement Scimone
plus Sframeli, il fallait encore passer par Kafka, et pas seulement à cause de son évidente qualité d'ancêtre des deux Nobel en question.
Dès que commence cette comédie dramatique de "La Busta", l'impression est que l'on est tout près du Château. Ce n'est pas un hasard si l'on y voit un personnage, du nom
significatif de "l'Homme", entrer dans une pièce, meublée d'une chaise vide et d'une armoire et de laquelle partent les premières marches d'un long escalier. L'Homme se présente
au Secrétaire, occupé à se regarder dans le miroir. Il lui dit qu'il voudrait parler au Président.
(…) Personne n'a de nom, chacun est ici uniquement identifié par sa fonction ou éventuellement par son visage. Aux côtés du Secrétaire, apparaîtront par la suite un Cuisinier –
qui semble décidément être "au parfum" – et un "homme au visage suspect" qu'il convient de frapper et maîtriser tout de suite "pour éviter qu'il ne commette quelque crime". On y
voit également un inconnu, un certain M. X, qui vit dans une armoire et se nourrit dans une écuelle pour chien.
(…) On en arrive ainsi à la dernière phase de la pièce, entièrement écrite en italien où, pour la première fois dans l'histoire créative de Scimone, la violence explose à ciel
ouvert, cette violence que l'on devinait déjà dans "Nunzio", qui rodait dans les coulisses de "Bar" et de "La Festa", et qui sous-tendait la désolation de "Il Cortile". (…) Ce
qui frappe surtout, c'est l'image ricanante et dépravée d'un Pouvoir qui, audelà de la simple imagination, propose un document moqueur sur l'omnipuissance, bien ancrée dans
l'iconographie de certains arbitres pleins de superbe de la situation mondiale, cachée sous un sourire mielleux qu'il nous serait facile d'attribuer à de nombreux visages.
Franco Quadri (La Repubblica)