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Spectacle cinématographique ou film spectaculaire

Il y a dans l’idée de départ du scénario l’envie de jouer avec cinq ou six personnages réduits à leur plus simple expression, stylisés à partir de quelques caractéristiques paradoxales sinon burlesques. Ce sont donc des silhouettes plus animées par un mouvement de vie, une sorte de fuite en avant, plutôt qu’animées par quelques pesanteurs psychologiques. Ils sont vraiment des bateleurs de cirque qu’on aurait sortis de la piste en costumes pour les plonger, tels quels, dans le monde extérieur. D’où une impression de décalage drolatique ou onirique, qui flirte avec l’invraisemblance des situations tout en saisissant des lieux et des événements de façon quasidocumentaire.
Quant à la trame de l’histoire, elle part d’un ressort dramatique élémentaire : une catastrophe (la faillite d’un cirque) obligeant ces improbables héros à tenter l’aventure ailleurs, dans un voyage initiatique qui les ramènera, non sans les avoir métamorphosés, à leur point de départ.

Mais c’est surtout, l’histoire d’un voyage à contre-emploi, d’un choc de cultures, de sensations, de langues, de paysages. Une conflagration esthétique aussi, censée mettre en porte-à-faux des imageries cinématographiques différentes (film noir, comédie musicale, road-movie, cinéma du réel…). Ce parti-pris tient moins à un souci parodique qu’à un désir de traiter la fiction en pointillé, en creux, par intermittence. Ainsi, dramatiquement parlant, les scènes clés (d’actions ou de dialogues) sontelles volontairement raréfiées, espacées, ou alternées avec le temps du voyage, le presque rien de l’errance, le regard documentaire sur l’espace. Tous ces temps-morts qui disparaissent habituellement d’une narration dite efficace. Il y aurait donc l’envie de flâner avec les personnages, de regarder dans l’entre-deux des scènes d’actions, d’habiter autrement les lieux communs du cinéma.

Dès l’écriture du scénario, cette démarche s’est accompagnée d’une réflexion sur l’univers sonore de ce film. Nous avons d’emblée imaginé tout un apport de sons hors-champ (chansons, petites annonces, messages, flashradio et plusieurs types de voix off) pour parasiter, prendre à contre-pied, déborder ce qui se donne à voir sur l’écran, et ainsi créer un système d’échos et de résonances poétiques parallèle à l’intrigue du film.
La scène s’offre alors comme un immense contre-champ, qui sort le film de son habituelle salle obscure et le place en pleine lumière, au beau milieu de ses décors et de ses acteurs. Une expérience de “cinéma sur le vif”.

Benoît Bradel / Yves Pagès