theatre-contemporain.net

 
vous êtes ici : Accueil Spectacles L'Enfant éternel L’Enfant éternel dans les bras de Denis...
Partager ce spectacle » 
 
 
 

L’Enfant éternel dans les bras de Denis Maillefer

Propos recueillis par Nalini Menamkat, janvier 2008

L’Enfant éternel est d’abord un roman. Qu’est-ce qui vous a intéressé dans cette forme littéraire ?

La question de l’autobiographie, de la biographie m’interpelle. Depuis quelques temps, j’ai un grand attrait pour les textes qui son théâtraux mais non dialogués, car ils posent directement la question de la place du public. Je suis très admiratif de certains travaux qui font magnifiquement du dialogue mais j’ai d’autres envies. J’aime la confession, le monologue, la personne qui se raconte. C’est une forme basique du théâtre qui prend ouvertement en compte le spectateur. Le théâtre trouve sa radicalité dans le fait d’assumer pleinement qu’il y a des gens en face et c’est ce qui m’attire dans le théâtre épique.

Comment s’est fait le choix de L’Enfant éternel ?

Je cherchais des textes d’autofiction pour un cycle de lecture à la Bibliothèque cantonale de Lausanne. Des auteurs qui écrivent des romans en s’écrivant eux-mêmes avec ce qu’il faut ou pas de distance et de décalage. C’est ce qui m’a fait découvrir Philippe Forest qui, comme il le dit, a fait de sa fille un être de papier en transformant une vraie personne en héroïne de roman. Ceci avec tous les vertiges philosophiques, éthiques ou mentaux que cela doit comporter. J’ai fait une lecture de son texte et très vite j’ai pensé qu’on pouvait aller au-delà parce que je voyais des acteurs pour le faire, parce que c’était une chose qui ne se racontait jamais, ou rarement, la mort d’un enfant. Et parce que, finalement, tout ce qui touche à la mort, touche au théâtre.

Comment avez-vous travaillé sur le texte ? Comment avez-vous sélectionné le contenu théâtral ?

Il y avait quelques postulats de base : respecter la chronologie, garder la trame du roman. Les digressions de l’auteur ont également été considérées comme importantes puisqu’elles nourrissaient directement l’histoire. J’ai aussi cherché les moments où les choses vont bien, même si, paradoxalement, ces moments sont encore plus violents puisque l’on sait que ça n’ira pas bien ensuite. J’ai aussi fait le choix de garder certains passages qui n’étaient pas nécessaires, simplement parce qu’ils étaient magnifiques. Le montage a encore changé au cours du travail avec les comédiens. Dans l’émotionnel, la parole peut devenir fatigante. Il a donc fallu épurer pour arriver à quelque chose de simple qui préserve la puissance du texte.

Comment avez-vous appréhendé la douleur dont ce texte est imprégné ?

L’objectif est de réussir à s’immerger, de comprendre ce qui se passe mais aussi de rester un peu technique. La question est de savoir comment créer une certaine distance dans le jeu. Le spectateur doit y croire sans oublier qu’il est au théâtre. L’important est de laisser de la place au spectateur, de ne pas avoir envie de tout remplir, de ne pas tout jouer. Parfois on remarque que ce que le personnage explique, il faudrait simplement le ressentir. Et on espère que cela passera dans la salle. Si on dit tout et qu’on montre tout le spectateur se met en retrait.

De quoi ce texte vous permettait-il de parler ?

Ce texte nous amène à des questions profondes : celles de la perte ou de l’innocence que nous avons en nous, de ce que l’on garde de spontanéité. C’est la vieille histoire de Peter Pan. Et puis, bien sûr, il parle de la mort, puisque nous ne sommes pas Peter Pan, nous mourons et alors qu’est-ce qui se passe ?
On est touché en lisant L’Enfant éternel et la question est de savoir pourquoi ? Parce qu’on a des enfants, parce que c‘est un enfant, parce que c’est inacceptable, parce qu’on a peur de mourir... ?