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Note d’intention

«There were odd stories about him ; as that when children died he went part of the way with them, so they should not be frightened.»
James Barrie in «Peter Pan», cité par Philippe Forest

Un enfant meurt
Un enfant meurt dans le blanc du papier, dans les mots de l’auteur/père, et tu ne peux pas croire que cela soit possible. Tu ne veux rien voir de cela, tu ne veux rien savoir de cette maladie, parce que pour toi les enfants ne meurent pas, pas ainsi. Tu regardes tes propres enfants si tu en as ; ils dorment ou jouent, et tu leur cries de faire attention, tu les enjoins de vivre encore en chuchotant au bord du lit. Tu finis le livre à travers un brouillard de larmes, sans savoir trop si tu pleures sur ta propre mort, sur celle de tes proches, ou simplement sur celle de ce petit être de papier. Tu décides de faire entendre ces mots sur scène, parce qu’ils sont maintenant en toi, profondément, parce qu’on ne parle jamais de la mort, et encore moins de celle des enfants, parce que cette histoire de mort parle d’abord d’amour et de vie, parce que, enfin, tu penses que c’est exactement ton travail de le faire.

Deux
C’est presque un monologue, mais ils seront deux sur scène. Lui et elle. Il parle, elle ne dit rien, ou si peu, mais elle est là, elle entend, elle est avec lui, toute proche et si lointaine. C’est un homme qui écrit, mais bien avant, c’est elle qui avait fait cet enfant, cette petite fille. Il est face à nous, simplement debout, elle est assise de profil, mais on voit son image de face, dans le fond, dans le grain de la vidéo ; elle est immense, mais beaucoup plus petite que son silence et sa douleur. Ils sont deux, comme avant cet enfant, comme après, tant bien que mal.
Deux acteurs qui essaient de porter cette parole, d’être là, de parler simplement et doucement pour dire l’hôpital et la morphine, mais aussi le nom des fleurs : ismènes, ancolies et trompettes de nacre.

Ne pas chercher à jouer. Etre là, dans les signes du papier, dans les mots, et porter avec douceur, avec une infinie retenue, tout ce qu’ils contiennent. Se souvenir que Forest aime le Japon, penser à la concision lumineuse et triviale des haïkus, regarder le texte comme une calligraphie orientale pour souffler l’épouvante et laisser les images courir dans le coeur et les yeux des spectateurs.