C'est une histoire très simple : le jour de l'arrivée de l'apprentie est un jour particulier. Louis, le cuistot, doit la former, mais sans perdre de temps. Fabienne (ou Fafa c'est selon) doit apprendre vite et n'a pas le droit à l'erreur. C'est un jour où il y a du monde au restaurant, les clients sont exigeants, le Manitou est nerveux. Tout le spectacle décrit la relation entre le cuisinier expérimenté et la jeune apprentie. Une relation purement pédagogique au départ, puis amicale ensuite, tendue pendant le «rush» ou «le coup de bourre», puis apaisée ensuite. Il y a plusieurs voies dans le spectacle : celle des odeurs, des matières, des fumées, des bouillonnements, des frémissements, des musiques de couteaux qu'on aiguise, de casseroles qu'on remue, de légumes qu'on coupe, celle du ballet des corps dans l'espace, corps qui se gênent ou deviennent fluides selon les moments, qui hésitent, changent brusquement de direction, chancellent. C'est le côté ludique du spectacle, directement visuel. Et puis une autre voie plus secrète, plus intérieure : la relation qui se tisse entre le cuistot et son apprentie. Cette relation évolue tout le long du spectacle et constitue le fil rouge qui nous conduit du début à la fin. Passe en elle beaucoup de figures différentes dans lesquelles l'enfant peut se retrouver : la relation maître élève, père fille, ami amie, etc… C'est le chatoiement continuel de ce rapport que je cherche et qui constitue pour moi le coeur du spectacle.
Jean-Yves Ruf