C’est un homme qui parle, Silvio, un italien, originaire de Toscane plus précisément.
Cet homme nous dresse le portrait de sa femme, Léda, d’une beauté singulière, à l’image de ces statues grecques : une femme pleine de bonne volonté …
Lui, il se présente comme un esthète c’est-à-dire un homme assez riche pour vivre oisif, consacrer ses loisirs à l’art sous toutes ses formes pour le comprendre et en jouir .
Elle et lui se sont un jour rencontrés puis, très vite leur union fut scellée par les liens sacrés du mariage.
Le projet de cet homme est d’écrire : son dessein à lui, c’est de devenir écrivain.
Le projet de cet homme passe par sa femme : elle, la Femme, elle devient sa Muse, à lui.
Le projet de l’Homme c’est d’écrire donc, le récit de leur union : l’histoire de leur mariage.
Finalement l’histoire écrite, celle que nous lirons dans le roman d’Alberto Moravia, sera le récit d’une trahison : celui de cette Femme qui se donna, une nuit, à un
Deuxième Homme.
Avec la même équipe artistique et les mêmes acteurs, je souhaite faire entendre le récit d’Alberto Moravia L’amour conjugal comme un écho à Histoire d’amour de
Lagarce : le récit sensible et violent d’un homme qui tente de trouver à travers l’écriture de sa propre histoire une réponse à la trahison de son amour conjugal.
En adaptant ce roman pour la scène, j’ai tenu à préserver les différents niveaux de langue et la multiplicité des adresses de son auteur. Non pas en opérant un passage
systématique au discours direct mais en conservant l’alternance entre un discours intérieur, un discours ouvertement adressé au lecteur et les scènes dialoguées.
En resserrant l’intrigue autour du couple, j’ai préféré susciter l’évocation du Deuxième Homme à sa présence effective sur le plateau. La trahison se révèle d’autant plus
violente qu’on se contente de la décrire par les yeux du Premier Homme trahit. Le rôle de la Femme se révèle alors central, énigmatique et insaisissable : un pivot autour
duquel gravite toutes projections.
Le dispositif scénographique plonge les spectateurs au coeur même de l’intrigue : invité à partager l’espace intime du couple (la salle à manger), dans un rapport
bi-frontal et muni d’un casque audio, chacun des spectateurs écoute, à travers ce média, le texte de la pièce.
Cette proximité physique avec le corps et la voix des acteurs accentue le rapport d’intimité que le lecteur entretient avec son livre. Ce dispositif permet un travail de grande
précision de spatialisation du son qui rend compte de la multiplicité des adresses du roman. Il permet de jouer des effets de « zoom » tout en opérant une
dissociation sensible entre ce qui peut être dit, penser, vécu ou encore intérioriser par le narrateur, en regard de ce qui se joue dans quotidien du couple.
Matthiey Roy