C’est par hasard que j’ai rencontré Duras, son écriture. D’elle, j’avais seulement lu Un Barrage contre le Pacifique. Et puis, alors que je jouais Crave de Sarah Kane avec Jean-Marie Patte, je suis tombée sur Écrire. J’y ai retrouvé cette musicalité de l’écriture que j’aime. Des thèmes quim’obsèdent en tant qu’actrice : l’isolement, la solitude, la peur, lesmots, l’alcool, lamaison. C’est une rencontre quasi animale, instinctive. Pas intellectuelle. Jean-Marie qui l’a connue, a été d’accord pour qu’on fasse un spectacle. Il a ajouté Roma, Bérénice, une histoire d’amour.
L’Amant aussi est un hasard. Olivier Poivre d’Arvor m’a demandé, pour leMarathon des mots à Toulouse en 2006, de faire une lecture d’Écrire. Jacques Higelin a eu envie de lire ce texte. Envie que j’ai trouvée à propos. Finalement le choix s’est porté sur L’Amant. Et tout de suite, intuitivement, j’ai eu envie de musique. D’un violon. Et j’ai pensé à Ami Flammer. Il a connu Duras, composé des musiques pour certains de ses films.
Une fois encore, elle y parle (de l’impossibilité de l’amour), de l’impossibilité du couple, de l’impossible accomplissement de l’amour. On peut avoir un amant, on ne peut pas vivre l’amour en couple. Mais L’Amant, c’est davantage encore, c’est Marguerite Duras à son commencement, en train de devenir écrivain. Avant de devenir femme, Marguerite Duras adolescente.
Et son commencement, c’est aussi l’apprentissage de cette impossibilité d amour dès l’enfance, dans l’enceinte de la famille.
J’ai envie de montrer, de montrer tout ça de Duras. Avec Georges Lavaudant, qui signe la lumière, j’ai imaginé un espace noir. Une lumière blanche, un fond noir. Comme un bateau
peint à l’encre de chine. L’adaptation est linéaire : une suite de plans séquences, ce qui est propre à l’écriture de Duras. J’ai bien sûr vu ses films en noir blanc, mais
nous ne cherchons pas pour autant à reproduire du cinéma sur un plateau. D’un espace théâtral devrait naître la parole traversée par la musique.
Il ne s’agit pas non plus d’incarner Duras, on ne peut pas dire qu’on incarne Duras. On avance et on voit un personnage qui se dessine, une femme, une adolescente, une soeur,
des moments de vie, une part de soi peut-être.
Car au bout du compte, à chacun sa Duras.
Astrid Bas
(1). Marguerite Duras – Écrire, Gallimard, Paris, 1993
(2). Ami Flammer, « Elle était musicienne » dans Les Cahiers de l’Herne
(3). Marguerite Duras, Les yeux verts, éd. Cahiers du Cinéma
(4). Interview de Marguerite Duras dans Le Nouvel Observateur n° 1038
(5). Marguerite Duras, L’Amant, Les Éditions de Minuit, Paris, 1984