L’univers de Christopher est clos. C’est un espace intime, un refuge, le seul endroit, hors peutêtre son école et le bus qui l’y conduit, où il se sente réellement en sécurité.
C’est de ce lieu à couvert qu’il observe le monde extérieur.
Pour matérialiser ces considérations, l’idée m’est venue d’une aire de jeu centrale à partir d’un grand tapis, doux et moelleux, où les acteurs s’enfoncent en marchant, comme un
grand lit, une aire de jeu ou un bac à sable… Il est en matière plastique noire laissant apparaître les signes d’une scène de crime reconstituée.
Les spectateurs sont disposés tout autour de cet espace, inscrits aux bords de ce « huis clos », mais, dans une esthétique en miroir, se voyant les uns les autres
par delà l’acteur et la scène.
Cela se traduit par une organisation quadri-frontale des spectateurs en grande proximité de l’acteur et du jeu.
Au bord de l’espace clos de Christopher, dans un angle, se trouve le père comme un repère qui a constamment l’oeil sur son fils : il est à la fois, dans ce couple fusionnel
par nécessité, la manifestation de l’autorité qui fait référence pour l’adolescent mais aussi celle de la vie quotidienne sur fond de consommation de bière anglaise, de musique
électrique, de cuir, une sorte d’univers à la Ken Loach. A maintes reprises, pour ceux qui verraient dans cet espace un ring, le père fait des incursions dans l’espace de son
fils.
Le défi de Christopher est de mener une enquête, et par voie de conséquence d’affronter le monde extérieur. C’est là qu’intervient l’image. En effet, l’espace de Christopher
comme les spectateurs qui l’entourent sont eux-mêmes cernés par quatre grands écrans vidéo. Sur ces écrans sont projetées les images qu’il a de l’extérieur : les gens de sa
rue qu’il interview, son éducatrice dont il lit les conseils sur les lèvres, mais aussi ses propres images mentales.
La mise en scène conjugue ses différents niveaux de jeu, monologue, introspection, lecture du roman policier qu’il écrit et qu’il nous livre, dialogues avec le père ou bien avec
l’image dans une forme d’interaction entre l’ensemble des éléments rassemblés.
La direction d’acteur a de ce fait impliqué une extrême précision pour façonner cette architecture complexe. Elle a également porté fortement sur la contradiction entre les
traits autistiques de l’adolescent et sa position de narrateur confronté à un public. Le caractère factuel et dénué de jugement moral, la tension qui s’exerce dans la relation
au père, sa façon d’apprivoiser ceux qui lui sont étrangers, les troubles comportementaux dont il fait preuve, contribuent à révéler les aspérités de sa personnalité et sa
relation difficile au monde.
Nous avons essayé de rendre au plus prés ce parcours, quasi initiatique, qui sinue entre sa recherche méthodique et déductive du meurtrier du chien, son obligation de dépasser
ses troubles de comportement et ses angoisses, sa puissance de réflexion et sa force de vie, son opiniâtreté, malgré le bouleversement de ses repères, pour atteindre le but
qu’il s’est fixé.