theatre-contemporain.net, tout le théâtre sur le net

 
vous êtes ici : Accueil Spectacles Katherine Barker En savoir plus
 
 

Présentation

Katherine Barker est une grande parabole. La pièce commence par une citation de Saint-Paul sur la sagesse. Ce que les hommes nomment sagesse est folie aux yeux de Dieu; par contre, la sagesse véritable, est folie pour les hommes. Ce paradoxe va être l’épine dorsale de toute la pièce.
Comme dans les tragédies antiques, la figure de Ma Barker, par sa dimension excessive, va permettre de poser des questions fondamentales sur la norme et l’écart et sur les valeurs fondatrices de nos sociétés, notamment celle de la justice. Kate Barker refuse la justice des hommes mais ne récuse pas Dieu. Elle lit la Bible et en nourrit ses fils. Cette femme, qui affiche un amour immodéré pour sa progéniture et la conduit au sacrifice, n’est-elle pas plus près de Dieu que ceux qui la condamnent? Et pourquoi cette criminelle nous fascine-t-elle? Probablement parce qu’elle repousse les frontières de l’interdit, qu’elle assume ses pulsions primitives, son désir profond.
Katherine Barker est donc une fable exemplaire. Il ne s’agit pas pour Jean Audureau de faire l’apologie du crime, mais d’interroger nos propres violences, nos propres désirs d’échapper aux carcans, parfois arbitraires, de l’ordre social. Ce n’est pas une pièce politique à proprement parler; l’auteur ne propose aucun système en contrepartie. C’est une pièce poétique. Elle ouvre une brèche dans nos certitudes et nos valeurs établies.

Serge Tranvouez


Autour de Katherine Barker

Katherine Barker a existé. Sous le nom de ''« Ma Kate Barker, la mère du crime »'', elle fait partie des criminels célèbres du XXe siècle. Pour écrire sa pièce, Jean Audureau s’est inspiré du fait divers qu’il a découvert sous forme de bande dessinée dans France-Soir. Mais il prend ses distances avec la fable “policière” pour créer une tragédie contemporaine. Chez lui, il y a un mensonge inaugural. La mère a omis de prévenir ses fils de leur mort inévitable en bout de course. Cette faute va peser comme un fatum durant toute la pièce. Cette dimension tragique ne conditionne pas l’écriture à une seule théâtralité : différents modes de narration se croisent (multipliant les points de vue); des scènes “légères” alternent avec de grands moments lyriques; le rêve et la réalité se mêlent, de nombreux univers référentiels sont convoqués (mythologie, cinéma, littérature, théâtre, cirque, peinture)… La pièce offre un vaste champ d’exploration pour l’acteur.

Il existe une suite à Katherine Barker, Hélène. Le projet de la compagnie est de monter le diptyque, avec le même groupe d’acteurs. Nous y travaillons depuis deux ans déjà, sous forme de laboratoire. Dans Hélène, une troupe de théâtre s’empare du mythe Barker. Mise en abîme de notre propre projet.

Serge Tranvouez


Un opéra en chambre

-Le crime ne paie pas

Signe du destin, c’est à travers l’expression d’un art qui fascine les enfants, le strip d’une bande dessinée parue dans un grand quotidien populaire, que Jean Audureau trouve l’inspiration de sa première pièce, entre en littérature à l’âge de 34 ans : ''« Je m’ennuyais, un jour de printemps, et, sur une table de café, j’ai ramassé un vieux France-Soir qui traînait. À la dernière page, la fameuse bande dessinée, Le crime ne paie pas racontait le début de l’histoire de Kate Barker. Un petit déclic s’est produit quand j’ai lu :'' « La dame allait au temple avec ses fils ». ''Sans rien connaître de la réalité de cette « Ma Barker », j’ai eu envie soudain d’écrire un grand chant baroque d’amour maternel »''. De l’histoire du gang formé par Katherine Barker et ses quatre fils, il fait un mythe tragique, celui d’une Médée moderne ayant pour toile de fond l’Amérique des années 30 au coeur de la dépression économique.

-Fontaine de jouvence

Pour Serge Tranvouez, tout part et tout revient à l’enfance chez Jean Audureau : ''« Enfant, déjà, il lisait énormément, s’évadait en rêve en collant des cartes du monde et des photos sur les murs de sa chambre. Et c’est entre les murs de cette chambre qu’il s’est inventé un jardin secret d’écriture, un inviolable royaume imaginaire. À 8 ans, il écrit une courte pièce sur la rencontre au cours d’une tempête entre la fille de Gilles de Rais et Lady Macbeth ; à 13 ans, il lit Un coeur simple de Gustave Flaubert dont il fera, trente ans plus tard, une pièce, Félicité. Et l’on retrouve dans'' L’Élégant Profil d’une Bugatti ''sous la Lune, sa pièce testamentaire, un Gilles de Rais moderne réclamant de prendre la vie d’un enfant qui se nomme sans ambiguïté… le petit Jean. »'' Ainsi au fil des années Audureau ne cesse de travailler sur les mêmes motifs, ceux d’une enfance qu’il ne se résoudra jamais à quitter, comme une inspiration première, une inépuisable fontaine de jouvence.

-Dans la tête d’Audureau

Ayant décidé, en 2003, de réunir un groupe de travail autour de Jean Audureau, Serge Tranvouez s’attache avec ses acteurs depuis quelques années, à prendre le temps de percer les secrets de l’oeuvre, hors de l’urgente contrainte de produire : ''« Explorer la matière Audureau était un préalable nécessaire pour que puisse naître un spectacle. Katherine Barker est une pièce dont l’écriture court sur près de trente ans. Entre les réécritures, les rajouts et les extensions, analyser le texte à la manière d’un chantier archéologique nous a permis d’en déterminer les multiples strates et les différents niveaux de lecture. Rentrer dans la tête d’Andureau était très important pour nous. Son théâtre recèle tant de beauté et de poésie, qu’avec lui le risque principal est de procurer au spectateur une sensation de plaisir trop évidente, une satisfaction trop immédiate. De nourrir le sentiment d’une beauté dont on ne comprendrait ni les tenants ni les aboutissants. Comme en peinture, c’est sous le glacis que tout se joue. Ici, il nous fallait traverser le miroir pour révéler derrière la surface, un conte d’une extrême violence, un récit fantasmatique, névrotique même… En dépassant l’évidence de la dimension lyrique, en échappant au piège de la musicalité, ce qui m’intéressait, c’était de faire entendre l’intime de cette partition d’opéra que j’ai voulu présenter comme un opéra de chambre.»''

-Chambre avec vue

Car, c’est dans une chambre de bonne de la rue Daguerre que Jean Andureau a vécu pratiquement toute sa vie, c’est entre les murs de cette mansarde que chaque soir sous sa plume, il convoquait les personnages de ses sagas mythiques : ''« L’idée de la chambre me travaille depuis le début. De celle qu’Audureau occupait enfant chez ses parents à celle qui lui servait de refuge à l’âge adulte… J’ai voulu inscrire ce spectacle dans l’espace minimal de cette intimité, pour expérimenter avec le public comment le poète par la seule force de la fiction, réussissait chaque soir, à sa table d’écriture, à faire disparaître les murs, à y faire naître entre western et film noir, les images des légendes de notre monde contemporain.»'' C’est alors sur le ton de la confidence que s’exprime toute la force d’évocation de cet univers onirique où Ma Barker se voit confrontée à ellemême petite fille, où, comme une ogresse échevelée, elle accouche de ses fils et où pour finir, en mourant sous les balles de la police, elle mêle son sang à celui de ses enfants.

Patrick Sourd