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Ultime disposition

(…) Une autre idée fixe concerne la question de la musique à la fin de toute existence corporelle individuelle. En fin de compte les cellules sensibles ont-elles aussi une structure atomique. Mais alors comment écoute-t-on celle-ci ? Non pas le battement, le frémissement du sang qui coule, mais les sauts de niveau d’énergie des électrons : serait-ce par exemple le lieu où reconnaître à nouveau des mélodies toutes simples ? Quel son émet une protéine, l’ensemble d'un chromosome ou l’ouverture de la membrane vésiculaire sur la fente synaptique dans un accès nerveux ? Bien entendu, il faudrait pousser plus loin l’enquête, en direction de Sirius ou d’Andromède, mais aussi vers l’intérieur, vers les orbites liés de l’atome de carbone. Et tout cela, dès lors que cela cesserait, deviendrait-il audible comme musique de fond jouée corporellement tout au long de la vie ? (…)

Rainald Goetz, extrait de Ästhetisches System, in Kronos,
Suhrkamp Verlag, 1993, p. 374,
traduit de l’allemand par Henri-Alexis Baatsch,
en collaboration avec Barbara Nicolier et Christine Seghezzi-Katz.