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Entretien avec Roland Auzet

novembre 2008

Comment avez-vous conçu ce nouveau spectacle Katarakt?

Comme un « théâtre musical », proche de celui de l’opéra, organisé autour d’un grand poème sur l’état du monde. Le texte, ici, de Rainald Goetz, écrit en 1993, est la dernière partie d’une trilogie théâtrale qui peint l’homme dans une solitude totale où l’humanité a été confrontée à l’extermination.

Vous en êtes à la fois le compositeur et le metteur en scène ; quelle part accordez-vous à chacun de ces langages sur scène ? Comment « écrivez-vous » ces partitions ?

Le texte est premier. La musique vient par bribe, par jet. Les deux sont alors travaillés, malaxés avec l’organisation de l’espace scénique et acoustique. J’organise des structures communes, des confrontations… afin de définir des « algorythmes » capables de répondre à l’organisation des trois. Par la suite, je compose une partition dispersée entre plusieurs médias : le texte, la musique, la scénographie avec ses diverses composantes. La partition devient « contrapuntique », c’est-à-dire qu’il n’y a plus de voix principale et de voix d’accompagnement… Elles sont régies par une notion de responsabilité et conversent ensemble. Je ne cherche pas l’innovation, ni à produire des effets,mais à « raconter » le poème de Goetz avec une organisation des sens, pensée de manière opératique sans parti-pris d’époque, ni esthétique.

Un comédien, Jean-Quentin Châtelain, est seul sur scène, « accompagné » d’un choeur de 60 chanteurs, d’une soprano soliste, d’un clavecin… Comment s’imbriquent texte et musique ?

C’est la partition qui régie le rapport entre texte et musique. Les modes d’écriture s’organisent entre des gestes verticaux et horizontaux. La musique et le texte fusionnent afin de libérer les mots et les sons. Dans Katarakt, le timbre de la voix de Jean-Quentin a été primordial pour la composition des choeurs. Une sorte de troisième dimension du texte parlé émis par le texte chanté.

Comme pour Théâtre des opérations (pièce de théâtre musical créée en 2007 à l’Espace des Arts), vous accordez une place essentielle à la scénographie. Quelle forme prendra-t-elle pour Katarakt?

D’abord, l’idée d’un théâtre antique avec son choeur. Ensuite desmouvements de ce choeur à travers l’organisation des deux « populations ». L’une, sur un gradin fixe et, l’autre sur un gradin mobile. La narration sera combinée par la présence de ces choeurs qui organiseront de fait une géométrie de l’espace différent à chaque scène. Le choeur acquiesce, conteste et oblige le comédien.De plus, le gradinmobile recevra des images vidéos qui feront partie de la narration d’un des personnages de la pièce. Thierry Collet, magicien, manie des objets à vue et les fait disparaître, une autre manière pour le spectateur de suivre le déroulement de la pièce.

Que signifie Katarakt ? maladie de la vue ? maladie de la parole ?

La cécité peut conduire à la parole. Lorsque nous ne voyons plus très bien où tout ça nous mène, que la quête de définition et de sens se pose à nous … alors, nous ouvrons la boîte de Pandore du questionnement et de l’identité et ici, à travers le récit de Goetz, nous opérons une sorte d’introspection sur nous-même.

La musique est-elle plus capable pour vous d’exprimer la complexité du monde ?

Ni plus, ni moins que les autres medias.

On voit un homme, seul sur le plateau du théâtre, seul sur la scène du monde. Après le vacarme, vient le silence… et la musique ?

La résonance duMonde est la thématique de cette pièce. Lemonde ne fait pas que se regarder ! Il s’entend et s’écoute. Surveiller, compter, abstraire, freiner les sens, en oubliant que la vie est bruyante et que seule la mort est silencieuse. Rien ne se passe d’essentiel dans le monde sans que le bruit s’y manifeste. Au même titre que les arbres et les monuments, le son des cloches, le bruit des fontaines ou des oiseaux, les cris des animaux et le souffle du vent, et enfin le cri des hommes définissent le paysage social, politique et quasi organique de notre monde. Katarakt tente de nous raconter le monde par le sentiment, la perception auxquels nous ferions mieux de ne pas tourner le dos…

 
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