Spectacles
Juste la fin
du monde
Note d’intention de Jean-Charles Mouveaux...
J’ai découvert le théâtre de Jean-Luc Lagarce au début des années 2000.
Dans un premier temps, la rencontre avec cet auteur fut édifiante tant les thèmes abordés ont fait écho en moi : la famille, les amours, les amis, les difficultés de
communication. Ce fut ensuite son écriture à proprement parler : cette nécessité et cette précision du langage pour mieux se connaître soi et les autres. Une écriture dans
un entonnoir, des mots dans un alambic.
Juste la fin du monde#1 ou juste la fin d’un monde ?
S’agit-il d’un voyage au fin fond d’une terre inconnue difficilement accessible ?
Cela peut-être aussi une expression de l’impossible : « Si je fais ça, ce sera la fin du monde ! », ou s’agit-il alors de la fin de son monde, son
univers, son environnement, sa famille ? Cette dernière possibilité pourrait paraître la plus sûre, mais un problème se pose...
En effet, le théâtre de Jean-Luc Lagarce relève pour moi bien plus de l’improbable : improbabilité du déroulement de l’action, du contexte (aucune indication dans le
texte), des personnages qui nous donnent l’impression d’être continuellement en errance ou perdus au sens le plus littéral du terme, perdus dans leur solitude.
Enfin, improbabilité du langage, parce que la parole est « en marche », bute, trébuche, s’accélère, ralentit, mais avance malgré tout dans un seul souci :
celui de dire, celui de résoudre.
La famille : ce vaste sujet, terrain fondateur de l’amour, de ce que nous sommes et de ce que nous deviendrons.
Ce sont aussi des silences, des non-dits, et tous les comportements qui en découlent : le mensonge, la lâcheté, l’agressivité ou encore la passivité. À notre époque où
domine le renoncement à l’autre par le culte de l’individualité, où les pulsions de mort et de destruction nous entourent ; regarder autour de soi, rester éveillé,
vigilant ou tout simplement faire face, affronter : voilà ce que je vois dans Juste la fin du monde #1 et que je veux mettre en évidence. L’action de la pièce se
déroule sur un plateau vide de tout élément anecdotique. Dessiner un cadre trop précis à cette histoire serait pour moi une erreur. Toute l’action de Juste la fin du
monde#1 est menée par l’unique volonté et le seul point de vue d’une personne : Louis.
Sommes-nous dans la réminiscence, dans l’espoir, l’envie ou le fantasme de son histoire ?
C’est ici qu’à mon sens se trouve tout l’enjeu de notre travail. Parallèlement à cette réflexion, l’essentiel est de diriger les acteurs vers une prise de parole quotidienne
tout en s’appropriant la construction et la rythmique de l’écriture.
Sans lamentation, sans ennui.
Jean-Charles Mouveaux