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Texte de La Troppa

« J’ai vu le ciel bouger. J’ai contemplé les étoiles pendant des heures et des heures. J’ai guetté patiemment jusqu’à ce qu’elles m’offrent leurs danses. J’ai vu pleuvoir dans le firmament et mes oreilles ont entendu la musique céleste dont sont capables les étoiles lorsqu’elles chantent en chœur. Ma grande mémoire m’a servi à maintenir en vie les merveilles saisies par mes yeux. Je me nourris de ces souvenirs lorsque je suis triste. Dans les couloirs de mon esprit gît la vie. Gardée dans des tiroirs, on trouve mon histoire, pas à pas. Lorsque je veux m’en souvenir, je me promène dans ces couloirs et je cherche le tiroir où j’ai gardé la première aube ou le dernier baiser de ma mère. Ma grande mémoire me marque. Je chante aussi. J’ai su que je pouvais chanter le jour même où la rivière chanta. Mon chant aide les morts à mourir en paix, et les vivants à poursuivre leur chemin. Le chant me marque aussi. L’ourlet des pantalons. La talonnade impétueuse. Les différentes façons de faire les lacets d’une chaussure. Le croisement et le décroisement des jambes sous la table. J’ai appris à très bien connaître les gens en étudiant ces choses, ces détails minimes. C’est facile pour moi, puisqu’elles sont à hauteur de mes yeux. Celle-là est ma condition. Je suis un homme-tronc. »

inspiré du livre Jésus Betz, de Fred Bernard et François Roca