L’Enfer des Cerises, triptyque théâtral, comprend trois spectacles : Le Moine – opéra, Je vous salue Jarry – vélodrame, et La Nonne Sanglante –
fantasmagorie.
Entamée en 2000, l’écriture de L’Enfer des Cerises est étroitement liée au travail de création théâtrale et musicale du Théâtre des Cerises« Etude et recherche de la
poésie potentielle résultant de la symbiose du plaidoyer populaire et de l’opéra en vue de la création et de la représentation de pièces de théâtre renouant avec l’esprit
révolutionnaire des clubs de jazz de 1950 »
(Théâtre des Cerises – extrait d’acte de naissance, 1998)]]. D’une pièce à l’autre, les personnages se répondent, les mots se font signe, les chansons se poursuivent… Non pas
exactement les épisodes d’un même récit, encore moins d’un discours, mais trois oeuvres autonomes qui se réfléchissent, se font écho, se parodient voire se mystifient entre elles,
jusqu’à composer une vaste fresque comique et fantastique.
D’Alfred Jarry, on connaît surtout UBU ROI et la révolution que cette pièce déclencha dans le monde littéraire et artistique, beaucoup moins le reste de son oeuvre, et encore moins sa vie. Vie qui fut pourtant aussi riche en scandales que pauvre en moyens et qui, pour ne citer que Boris Vian et Apollinaire, fut même réussie. C’est cette vie que le Théâtre des Cerises a tenu à raconter.
Je vous salue Jarry est une biographie rêvée, à la chronologie élastique : les dernières années de Jarry, de la première tonitruante d’UBU ROI à la mort de son auteur âgé de 34 ans, dans un monde mêlant aussi bien les figures réelles que les personnages sortis de l’imaginaire du poète. Quelques journées en somme, durant lesquelles « celui qui revolver » aura le temps, entre autres, de brûler tout l’héritage familial, de débaucher dans l’absinthe une critique littéraire du Tout-Paris, de transformer en singe un exégète de Lamartine, d’inventer la pataphysique, de sauver du désespoir une vieille dame érotomane, de convaincre le jeune Hébert - fils du professeur de physique modèle d’Ubu - de renoncer à venger son père, de dépasser la vitesse de la lumière à bicyclette et de demander un cure-dent ; le tout au rythme d’un orchestre où se succèdent, selon l’habitude du Théâtre des Cerises, les différents acteurs-musiciens.
Une succession de tableaux très fantaisistes donc, mais fidèles jusqu’au bout au portrait d’Alfred Jarry tel que lui-même, à grands coups de ciseaux, le déchira : un écrivain qui clame l’inutilité de l’argent et du travail et milite à grand renfort d’alcool, d’anarchie et de cyclisme pour l’établissement d’une dictature de la poésie.
La musique de Je vous salue Jarry a été composée collectivement, par l’ensemble des comédiens-musiciens du Théâtre des Cerises. En parfaite intéraction avec ce qui se passe sur scène, elle commente, provoque, trahit parfois et s’empare des personnages. Tantôt bruiteur, puis groupe de jazz, point de vue, l’orchestre, à vue, ne se prive ni d’ironie, ni de compassion, ni de commentaires. A la solde de Jarry, il tire les ficelles de l’action.
Composition de l’orchestre : piano, harpe, guitare, basse, mandoline, violoncelle, scie musicale, clarinette, cor, kazou, accordéon diatonique, accordéon chromatique, caisse claire, différents instruments de percussion.