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After sun / Je crois que vous m'avez mal compris

Rodrigo García

Les mécanismes de création - textuelle ou scénique - de ces deux pièces sont très différents l'un de l'autre.
Je crois que vous m'avez mal compris est un monologue (qui fait partie de la pièce Fallait rester chez vous, têtes de nœud) dont la matière littéraire a servi de fondement à la création scénique. After sun, en revanche, est un texte théâtral qui a grandi parallèlement aux répétitions avec les comédiens, en complément du processus de gestation de la pièce.
Cela dit, je crois que ces détails ne sont pas très importants.
Voici ce qui me semble important :
Que chaque pièce possède un cycle de vie propre et différent, qu'elle repose sur des bases fragiles, ce qui revient à dire que nous sommes vivants. Quand les équipes de travail ont du sang qui coule dans leurs veines, elles créent à partir de la faiblesse et de l'incertitude. Les morts se rassemblent pour reproduire toujours les mêmes règles du jeu et ils se font payer pour ça. Chaque pièce tient l'engagement d'aborder de la façon la plus ambiguë et suggestive qui soit ces sujets dont personne, au sein de notre belle Europe, ne veut entendre parler sous cette forme vraisemblablement incorrecte : la décadence du corps, l'ambition, la pédophilie, l'éducation, la misère, la violence qui envahit le quotidien jusqu'à l'écœurement, etc.
Chaque pièce constitue un manifeste sur la place de l'acteur au théâtre : il est un créateur et non une machine plus ou moins virtuose capable de répéter des mots et d'exécuter des actions imposées de l'extérieur.
Chaque pièce tient compte et se soucie des corps qui apparaissent sur scène, dans la mesure où le corps de l'interprète constitue le véritable espace théâtral (et dans la mesure où le théâtre occidental s'est acharné, tout au long de son Histoire, à l'occulter).
Et chaque pièce, enfin, ne se lasse pas de remettre en question la vie dans son expression la plus triste et pragmatique : des vies à jeter après usage, une éclipse sans fin sur des parkings de centres commerciaux, la pénombre de nos jours de communication extra-small, des triomphes au détriment de ton temps-d'être-humain ; j'entends par là que ces pièces démasquent un humanisme réducteur, amoindrissant, qui ne va pas au-delà de la simple domestication. L'humanisme engendré par le Fond Monétaire International.

Texte traduit de l'espagnol par Christilla Vasserot.