theatre-contemporain.net

 
vous êtes ici : Accueil Spectacles J'aime ce pays Le metteur en scène
Partager ce spectacle » 
 
 
 

Le metteur en scène

La force essentielle de l’oeuvre consiste dans le fait qu’en abordant l’enfermement vécu par les habitants des pays du Sud (Benji), l’auteur parle du désespoir occidental. Sans les confronter ici, l’un implique l’autre et inversement. Le repli est facteur de frustrations : le journaliste rêve d’une Allemagne muette, le préfet, cynique, rêve d’assassiner son épouse volage. Des frustrations dont seule la rencontre avec l’Étranger peut soulager (le gardien va accomplir ses besoins sexuels en Tchéquie). Chaque personnage allemand est l’incarnation de ce qu’il dénonce (le journaliste est bavard, le médecin raciste, psychologue complice du système, le Préfet inhumain…) Ce texte est terriblement destructeur. Destructeur car il y a la volonté d’abattre les signes de la consommation avec par exemple l’énumération systématique des marques par le personnage de la femme de ménage immigrée. Ainsi, l’évidente tendresse que l’auteur porte à ce personnage pourrait être mêlée d’une envie de destruction du monde auquel elle aspire. Tout au long du texte, on remarque une forte présence du « dehors ». Lorsque nous sommes au centre de rétention, se déroule la Love-Parade, rituel dionysiaque moderne, avec tout ce qu’elle peut comporter de légèreté, d’oubli, de vide, de signe de la consommation (où l’on se consume). Le monde extérieur est celui de l’abondance (à l’américaine). Ensuite, chez Janina, l’extérieur est celui de la loi (inique), de l’injustice, une fin de fête. Le préfet fait la « teuf » et le lendemain envoie les policiers, les accompagne même, ce qui souligne l’état de « double-contrainte » dans lequel nous plongent les sociétés « d’Abondance Occidentale » (Edward Bond). Le Pouvoir nous enjoint de consommer, nous faisant miroiter un monde « wonderful », tandis que le même Pouvoir contribue à baisser le pouvoir d’achat. Enfin, quand nous sommes en prison, le « dehors » est celui de la tendresse, la voix de Janina, vers laquelle l’être de Benji est entièrement tendu. Comme s’il sortait de lui même.

Eva Doumbia