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Présentation

Il se tient au milieu d’un hall de gare désert.
Il a les cheveux collés au front.
Il est beau, élégant. Il sourit.
- Je crains rien, les mines, les bombes, rien.
Son arrogance masque une douleur intense. Il a été attaqué, il a été piétiné. Il refuse de rendre victorieux le mal qui l’habite. Il ne grimace pas de douleur. Il avance et recule comme un boxeur.
Il a tout.


Un homme rencontre son ennemi dans le hall désert d’une gare. Il se livre alors à une vraie démonstration de sa véritable force ; il a décidé d’en découdre jusqu’au bout avec ce que cet ennemi a pu porter d’humiliation, de mépris, de désignation et de haine.
Il va lui offrir le spectacle d’une puissance insoupçonnable, inimaginable, une force à la mesure des coups reçus, une force surhumaine, celle que l’on espère, que l’on voudrait, dont on rêverait après les rabaissements et les hontes, une force qui réparerait le monde entier.
Mais où peut bien mener une lutte à mort contre cette part délétère, ce reproche écrasant de n’avoir rien dans les mains, d’être dépossédé, d’avoir échoué en tout, d’avoir perdu amour, travail et tout ce qui d’ordinaire est censé tenir les hommes debout ?

THIERRY ILLOUZ


C’est Marie Ninier qui m’a envoyé il y a quelques années « J’ai tout » accompagné d’un petit mot rempli d’enthousiasme pour Thierry Illouz. J’ai lu aussitôt et j’avoue avoir été happé par chaque phrase de ce texte qui m’enveloppait et me tirait irrésistiblement vers la suivante. Une sorte d’envoûtement très étrange à la fois inquiétant et musical. Comme une sorte de chanson que l’on découvre et dont on a l’impression de connaître déjà la musique. Quelque chose très éloignée de vous qui pourtant résonne dans votre poitrine comme si ce quelque chose y habitait depuis toujours.
Cela doit avoir un rapport avec l’attraction et la répulsion des humains pour les humains. A moins que ce ne soit le mélange subtil d’un élan de survie et d’un désir de mort.
Je suis heureux que Jean-Damien Barbin ait accepté de devenir cet homme solitaire dont la voix résonne si tard dans une gare abandonnée.
Thierry Illouz est un avocat qui défend les meurtriers les plus implacables parce qu’il sait qu’ils sont avant tout d’autres nous-même. C’est ce qu’il dit avec passion dans ses romans et dans ce grand soliloque.

JEAN-MICHEL RIBES