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ISMA : Une « pièce de conversation »

ISMA est un modèle du genre en matière de « pièce de conversation »: on y bavarde. Les personnages utilisent des mots simples, des lieux communs, un vocabulaire de tous les jours. Et leurs sujets de conversation ne sont « presque rien ». ISMA est, selon un des personnages, ‘ce qu’on appelle rien’, mais ISMA incarne aussi, si l’on veut, quelques grands mouvements de l’existence humaine : la lutte pour le pouvoir, la trahison, l’angoisse et même, très implicite, le désir. Le vieux fond folklorique, l’état a-social, bestial de l’humanité est là, tout près.

L’Ensemble Leporello, tout comme Nathalie Sarraute, se garde bien d’expliciter les significations de ce texte. La pièce se joue d’une façon « sèche », presque aride, en pleine lumière, sans décors. Seul un tabouret permet aux acteurs de temps en temps de quitter la position debout. Souvent ils sont alignés et débitent leurs réparties frontalement. La vitesse de certains échanges les fait sonner comme de la percussion. De là au chant il n’y a qu’un pas; et en effet, certains déplacements sont réglés, brièvement, comme une petite danse, et quelques répliques sont arrangées comme une polyphonie.

Danse, chant ou simple conversation, chaque geste est fait avec envie et délectation, toute action est mesurée, dégustée, ciselée. Quelques morceaux d’une symphonie de Schubert résonnent de temps en temps, donnant à la conversation un côté rituel, ludique, cérémonial, comique. Quand les répliques tournent en dispute, c’est Stravinsky qui sort des hauts-parleurs et qui couvre les voix: on n’entend plus ce que disent les protagonistes, on « regarde » parler et gesticuler. Et voilà que ISMA se révèle être avant tout un spectacle, avec des montées dramatiques, des coups de théâtre, de l’humour, de la mise en scène, du jeu d’acteur.

Fidèle à sa réputation, l’Ensemble Leporello ravive l’univers Sarrautien et emmène le spectateur dans un enfer turbulent où tout « signifiant » - mot, note ou geste - perd son innocence et participe à la « Tartufferie » qu’est la communication.