Je connais cette pièce et son auteur Philippe Minyana depuis longtemps. Il fait partie, comme Louis Calaferte, d’un univers de l’écriture contemporaine où je me sens vraiment
bien. Ces auteurs travaillent sur l’ordinaire et construisent avec le public une relation qui passe par le rire, tout en traitant de sujets graves et sérieux. Après avoir monté
Peepshow dans les Alpes de Markus Köbeli, où des agriculteurs mettent en spectacle leur vie quotidienne pour séduire les touristes, je poursuis, avec
Inventaires, sur la même ligne. Comme dans un reality show, on découvre trois itinéraires de femmes qui exposent leur vie au regard et à la vue du public.
Mais la pièce a été écrite en 1987, avant la vogue des reality shows, et elle a d’ailleurs été mise en scène de manières très diverses, dans le cadre d’un supermarché par
exemple. Pour ma part, j’ai fait le choix d’une émission de télé-réalité, en rebondissant sur ce qui m’apparaît comme une intuition prémonitoire de Philippe Minyana. Ces trois
femmes, invitées dans une émission de télévision à raconter leurs vies, ont traversé des épreuves différentes. Elles ne sont pas de la même génération, mais elles partagent une
extraordinaire énergie de vie. Cette énergie très positive provoque sur le plateau télé un remarquable « débordement de parole ». Et si le rire surgit du
spectacle, c’est comme une protection de la part du public face à cette intimité incongrue, confessée devant eux, à la manière de notre réaction au quotidien confrontée aux
émissions de télé-réalité.
Patrick Pelloquet