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La technique, le cérébral, et l’organique

Initiales D. J. doit être électrique, high-tech et souffrir certaines dissonances. La fin veut que l’obscurité se fasse sur les actes de Don Juan, que le silence reprenne ses droits… En attendant, la technique accompagnera les acteurs comme un spectre épuisant. Confronter les acteurs à des glissements spatio-temporels; saisir les moments où le temps n'est plus celui du récit mais de la mémoire ou du fantasme. Toute la pièce regorge d'énigmes de ce genre.
Un environnement mobile et fugitif. Pas de décor mais des aplats ; des zones découpées par la lumière et la vidéo. Un espace à la fois cérébral et organique.
Tout au long de son parcours frénétique, le corps de Don Juan est soumis à des épreuves physiques violentes ; le son le traduira. Les souffrances, jusqu'alors métaphysiques, se traduisent sous la forme de perceptions altérées.
Je tiens à préciser – pour les technophobes – que le volume général sera assez subtil pour distinguer la caresse de l’étranglement, la pluie des larmes, le murmure du miaulement. L'espace cérébral sera représenté par la vidéo. Là encore, pas d'écran mais des projections qui jailliront des corps et des objets. Une chaise qui transpire, un lit en ébullition, une flaque d'eau reflétant autre chose que ce que nous révèle l'espace «réel» du plateau: un sentiment de non linéarité, d’angoisse face à l'impalpable. Projeter au sol ou sur les personnages des volutes, de l’eau, de la brume ; créer de fausses ombres, des distorsions visuelles dérangeantes : l’image doit jaillir des objets
et non se plaquer sur eux.
Ce travail, de premier abord formel, n'est en rien limitatif ou contraignant pour l'acteur ; il est au contraire fidèle à la représentation « paradoxale » du réel : l’apparence confrontée à son immédiate interprétation.
Si je travaille avec des modes de représentations plus spécifiques au cinéma, c'est de par la nature même du texte qui se décompose – ou se compose – en onze tableaux non linéaires. Entre ellipses temporelles, flash-back et hors-champ, la pièce est un miroir éclaté qui ne parvient jamais à rendre aux êtres leur impérieux besoin de fixité.
Je cherche, au travers de cette fragmentation temporelle, la mémoire d’une subversion, l’image sublimée d’un mythe encore en action.

Ludovic Nobileau