Impressions d'Œdipe poursuit le processus du spectacle Gruppetto, composé de deux parties qui ont été créées successivement au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis puis à Annecy et à Chambéry en 1999.
MOUVEMENT 1.
Cette première partie évoque la figure et le destin d'Œdipe et plus particulièrement la volonté indéfectible d'un homme de connaître ses origines.
C'est la lecture d'un livre volumineux qui va emmener les quatre frères et sœurs isolés (marginalisés ?) vers cette tragédie de Sophocle qui, de prime abord, pouvait
sembler loin de leur milieu et de leurs préoccupations.
Ce texte évoque très vite leur "roman familial" et les relations confuses qu'ils entretiennent. Une représentation va comme éclore dans ce huis clos sous forme d'actes plus ou
moins incarnés et dialogués. Cette genèse par le théâtre révèle des séquences de leur vie rêvée, réelle ou redoutée qui vont les rejoindre malgré eux. Se poser sur eux comme des
oiseaux sur leurs épaules.
La voix qui émane du livre convoque sur une "scène mentale" des faits virtuels et parfois silencieux. La lecture de dialogues opère et quelques séquences de l'existence d'Œdipe
apparaissent nettement.
Comme archétypes de l'humaine condition, elles prennent place parmi ces vivants et à leurs tours engendrent d'autres conséquences.
Ce qui affecte les personnages de Sophocle, dans le chaudron de cette histoire qui les cuit sous nos yeux, rejoint les vies de ces quatre qui n'ont jamais connu la Grèce.
Le spectacle décline différents degrés d'incarnation de ce drame ancien, de la simple lecture à l'échange dialogué et interprété, de la manipulation d'un seul objet à des scènes
muettes et complexes pour un quatuor d'acteurs.
Ils ne jouent plus à Œdipe. Leur vie trouve dans cette tragédie un moyen de se révéler à eux. Ils évoquent leur père et leur mère absents, puis les incarnent si bien que les
coulisses de la lecture s'abolissent. La fiction a tout mangé…
MOUVEMENT 2.
La deuxième partie est plus silencieuse. Il s'agit d'une variation sur les thèmes exposés lors de la première partie. Ainsi qu'un matériel musical, les images construisent des refrains, des fugues, offrent des transpositions, des reprises de quelques situations.
C'est une peinture au sujet d'Œdipe, Jocaste et Laïos. C'est aussi une tragédie de l'inceste qui se reproduit avec de nouveaux protagonistes (de notre temps) ignorant une
nouvelle fois la réalité et sa toile. Tout cela se passe sous les yeux navrés d'Œdipe qui tente de prévenir ce drame - il existerait pour toujours et serait pour toujours
présent.
Comme cette tragédie est un archétype, elle a lieu à nouveau ainsi que toutes ses conséquences.
La parole de Dante qui décrit l'enfer et le paradis vient croiser et commenter certaines situations auxquelles nous assistons.
Ce spectacle est le fruit d'un long travail d'improvisation.
À l'origine de ce projet, nous avions décidé de ne pas lui choisir ni lui définir de sujet.
Cette absence de support a permis que la fiction vienne "prendre" sur la matière documentaire du travail de chaque jour.
Au fur et à mesure se révélait un milieu clos où quatre personnes, très liées, fréquentaient un livre afin d'y trouver des réponses sur leur sort.
Ces questions : Qui ? Où ? Comment ? Pourquoi ? Quand ? m'étaient aussi posées par les quatre acteurs : envies de savoir légitimes
d'interprètes au sujet de leur présence sur le plateau.
En cela, l'acteur et le personnage ont partagé cette quête de leur identité.
Du fait de la primauté accordée à l'improvisation, c'est le plateau lui-même qui apporta les réponses. Le plateau répond toujours, pourvu que les bonnes questions soient posées
et au bon moment.
Les interprètes et les "personnages" cherchaient en même temps.
Bruno Meyssat