Avec Alain Gautré, le clown n’est jamais loin : rappelons-nous L’Avare qu’il a interprété et mis en scène au Théâtre de la Tempête en 2006. Ici, la veine satirique
de l’auteur (La Chapelle en Brie, Gevrey Chambertin) vise l’injonction contemporaine du jouir à tout prix. Impasse des anges est une comédie noire dont le sexe
serait le masque.
Dans son aspect de marchandise, donc séparé du vivant, le sexe se veut lieu de performance, de résolution, de consolidation, de colonisation de l’autre, de confirmation de soi.
Chacun tente de trouver réponse à son désarroi ou à son insatisfaction. Mais dans l’échange a-t-on jamais été aussi seul ?
À chaque scène, les couples se font et se défont, l’espace d’un soir, l’espace d’une vie : ils passent à l’acte, viennent de le faire ou s’apprêtent à le
faire ; c’est une ronde, un Barnum coquin et l’on rit de cette humanité qui se débat pour une pincée de plaisir dans des situations où rivalisent l’égarement, le
ridicule et le pathétique. L’humour tient à distance l’âpreté du propos, mais qu’on ne s’y trompe pas : seul le plateau sera nu.
La pièce s’ouvre sur une scène dans un peep-show, où une jeune femme veut satisfaire sa curiosité, et se termine dans un sauna où, après avoir fait l’amour, deux inconnus
évoquent un terrible secret de famille qui les réunit.
On croise un couple qui s’aime mais veut se séparer. On se retrouve dans un lieu échangiste où une femme de 50 ans monologue sur sa vie, pendant qu’elle ignore ce que l’on fait
de son corps. Une séance de S.M. tourne court entre deux amies. Deux copains se masturbent en regardant un porno. Puis ils tentent de philosopher. Une jeune femme ne jouit
qu’avec des gens qu’elle aime ; qu’à cela ne tienne, le jeune homme lui dit : « je t’aime ». Un spécialiste du comique reçoit chez lui une jeune
femme venue l’interviewer. L’entretien s’interrompt car l’homme montre trop d’empressement et reporte ce désir sur son épouse qui, elle, cherche à retrouver une tendresse
passée. Un vieux couple convoque un jeune « hardeur » pour pimenter sa soirée.
Impasse des anges se veut le reflet amplificateur d’une modernité au bord du gouffre qui, parmi tant d’autres réponses possibles, cherche à travers le sexe la confirmation qu’il y a bien quelqu’un en face, dans le miroir.