Au mois de juin 2000 j’ai fait partie du comité Autriche pour préparer la “Nuit Autrichienne” qui, dans le cadre de l’édition 2000 des Rencontres à la Cartoucherie, exprimait la
volonté des gens de théâtre de manifester contre la coalition brun/bleu au sein du gouvernement autrichien. C’est dans cette action militante que j’ai rencontré l’écriture de
Philippe Malone. J’ai eu ainsi le privilège de mettre en scène son monologue inédit : “Morituri”, parole de ce “nouvel homme fort” qui s’empare du pouvoir.
J’ai été immédiatement séduite par la pertinence de son écriture et l'évidence d’un langage hautement théâtral, sans concession, difficile, mais jamais redondant, avec une
structure “élisabéthaine”, faussement classique où les ruptures sont portées par la violence crue des mots et les histoires qu’ils charrient.
C’est une rencontre rarissime avec un matériel textuel qui est très adapté à mes désirs de mise en scène. J’ai besoin en effet d’un support où la caractérisation des personnages laisse entrevoir une trame psychologisante tout en la dépassant complètement par la recherche linguistique et les nécessités qu’elle impose à la direction d’acteurs.
Par ailleurs, à la même période, j'étais à la recherche d'un texte théâtral, ayant jusqu'ici travaillé essentiellement sur des dramaturgies à partir de matériaux non théâtraux.
La possibilité d'avoir un texte pensé pour les comédiens qui gravitent autour d'Octogone, en fonction des désirs et convictions communes sur le théâtre d'aujourd'hui, s’est composée devant mes yeux avec une sorte d'évidence solaire.
Ces circonstances sont trop idéales pour que nous ne cherchions pas à les saisir et à nous jeter corps et âme sur ce nouveau projet...
Depuis Philippe Malone et moi-même nous sommes retrouvés à plusieurs reprises, la thématique du pouvoir (que l’on possède, que l’on désire, auquel on se soumet...) et de ses
mécanismes est l’une des nos obsessions communes.
A chaque nouvelle rencontre Philippe apportait des nouvelles bribes de texte à lire, commenter, questionner… La fin de "l'histoire" le tracassait particulièrement…
"III" est lu en public le 28 mai 2002 au Théâtre Berthelot de Montreuil (93). Philippe Malone avait eu le déclic pour la fin la veille. Il l'a
annoncé au public à la fin de la lecture : une promesse. La promesse d'un cadeau d'amour de Richard à Anne.
Le cadeau sera la révolution, cette révolution qu'il n'a jamais pu s'offrir lui-même, cette révolution dont Anne ne sait plus quoi faire, cette révolution déjà avortée par
l'ouvrage de Buckingham… la foule avance, est-elle consciente ?
lectures publiques :
2 juin 2003 avec l'aide des "Petits Ruisseaux" à Ivry-sur-Seine (94). Mise en espace, avec l'équipe de création.
20 janvier 2004 au centre Culturel Aragon Triolet à Orly (94), dans le cadre du "Festival des auteurs de théâtre de langue française et d'aujourd'hui". Lecture avec l'équipe de
création.
9 mars 2004 au studio de la Comédie Française, dans le cadre des "lectures et rencontres organisées par la commission de la DMDTS". Lecture par l'auteur.