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Note d'intention

par Guillaume Vincent

Il y a le Premier Homme, le Deuxième Homme et puis la Femme.
Un prologue. Trois parties. Un épilogue.
« "Histoire d’amour" c’est l’histoire de deux hommes et une femme… »

Le Premier Homme, dont on apprend qu’il est écrivain, a l’intention de se jeter dans la rivière.
« Quand il arrive vers la rivière, c’est le moment idéal pour sauter, l’histoire est prête, il ne meurt pas, il se retourne et part l’écrire.
"Histoire d’amour", c’est un livre. »

Mais difficile de résumer une pièce qui prend notamment pour sujet sa propre difficulté à se définir.
C’est tour à tour un livre, une histoire téléphonique, une chanson, une lettre, un livre drôle, une pièce drôle, un conte. Mais rien n’est jamais définitif : c’est, ce pouvait être, cela sera, ce fut, cela devient…

Au moment où Histoire d’amour commence, l’action a déjà eu lieu.
Toute la difficulté pour les personnages, et le Premier Homme en tête puisqu’il est l’écrivain, est de savoir comment la raconter cette histoire, comment la représenter. Parce que tout est fuyant dans Histoire d’amour : présent, passé, futur…Rien n’est stable. Les temps s’entrechoquent, on est dans une temporalité d’abord déroutante parce qu’insaisissable. Le passé n’a pas un statut ferme et définitif, il est comme le futur, un espace de projection, de fantasme, il est mouvant. Il est à réinventer et à re-jouer perpétuellement.
Le Premier Homme dit : «"Histoire d’amour", cela sera le récit de ce qu’ont été nos vies,
comme je les vois aujourd’hui,
avec le recul,
comme je ressens les choses, maintenant,
le récit de ce que nous vivions avant, auparavant, tous les trois ensemble. »

Dans la pièce, rien n’est posé de manière objective. On ne peut être sûr de rien. Le subjectif est partout présent. Plus loin on trouve aussi cette définition :
« c’est simplement une histoire d’amour naïve, l’histoire de dix années qui viennent de s’écouler ou des dix années, qui sont là, en train de s’écouler. »

Dans cette tentative de raconter l’histoire, on retrouve la particularité, la musique, les obsessions de l’écriture de Lagarce. Rien n’avance de manière rectiligne mais par circonvolution, comme pour essayer de saisir au plus juste l’essence même de ce qui est raconté.

Une pièce écrite comme un poème, qui nécessite une attention particulière. La versification, les points, les guillemets, les points de suspension, les virgules, les tirets, les points d’interrogation, plus rarement les points d’exclamation, les parenthèses…
Essayer de travailler au plus proche de cette langue et essayer de retranscrire ce qui, au-delà des mots peut servir à entrer dans le rythme du poème en essayant d’être au plus proche de cette ponctuation, versification etc. Essayer de mettre en scène la langue et ses interprètes comme seul sujet possible à la pièce.
Toute tentative de représentation, d’illustration me paraît vaine. Le danger serait de tomber dans l’anecdote.
Sur scène il n’y aura rien, un espace blanc au sol, un espace de projection au lointain et trois acteurs.

Le récit est mouvant comme une pensée en train de se construire. Il y a errances et égarements de la pensée. Histoire construite dans le doute et dans l’incertitude mais on pourrait dire par le doute et par l’incertitude.
Je veux mettre au centre d’Histoire d’amour les acteurs, leur présent et un travail minutieux sur la langue au plus proche de l’écriture. Pas pour essayer de percer le mystère de cette pièce mais plutôt pour essayer de s’en approcher au plus près.

Lagarce nous parle d’Histoire d’amour (derniers chapitres) et voici comment lui nous fait le résumé de l’histoire :
« Un homme a écrit une pièce.
Viennent ce jour-là un autre homme et une femme et tous les trois, ils lisent ensemble ce texte – ils sont acteurs – ou ils la découvrent seulement comme on découvre le texte d’un ami.
Ce que raconte la pièce qu’a écrit le premier homme, c’est le souvenir, quelques bribes de ce que fut leur vie, ensemble, lorsqu’ils étaient plus jeunes.
Ce que raconte la pièce qu’ils découvrent, c’est la version du premier homme de l’amour qu’ils connurent et de sa destruction.
La fiction qu’il en a fait.
Le deuxième homme et la femme apportent leurs commentaires ou leurs propres souvenirs
"Histoire d’amour", c’est la répétition et la construction d’une histoire. »