Le texte au cœur du dispositif
Hamlet-machine a été écrit en 1977 par Heiner Müller qui prévoyait la faillite des idéologies politiques et du communisme. Hamlet et Ophélie entrent dans une ère glaciaire, marchande et médiatique. L’auteur invente avec ce texte une écriture polysémique d'une densité et d'une poésie extrêmes. L’énigme de cette écriture a conduit Clyde Chabot depuis 2000 à développer un dispositif qui propose aux acteurs et spectateurs d’explorer personnellement et collectivement le sens et les échos de cette pièce aujourd’hui.
Le principe
À partir de ce qu’il voit et entend, le spectateur peut écrire sur un ordinateur relié à un écran, diffuser l’extrait d’un CD qu’il aura apporté ou encore manipuler une caméra
avec retour sur un moniteur vidéo. Le spectateur est libre d’occuper une position d’observation ou d’action. Deux acteurs, un musicien, un vidéaste et - à partir de cette année
- un informaticien, peuvent à tout moment réinventer leur jeu ou leur activité en fonction de ces interventions. Le sens du texte se réinvente sans cesse selon le contexte
littéraire, musical et vidéo dans lequel il intervient. Cette création interroge aussi la possibilité concrète et sensible de réalisation d’une communauté éphémère.
Un titre générique
Le projet se poursuit depuis plusieurs années dans un mouvement perpétuel de recherche. Il prolifère à travers le temps : deux étapes publiques de création ont déjà eu lieu en 2001 et 2002, le site internet www.inavouable.net a été créé en 2002 et l’installation Hamlet-machine : un musée (de théâtre) a été initiée en 2003. Si le rapport au spectateur et le lien au texte de Heiner Müller sont au centre du projet, chaque étape de création produit une œuvre en soi avec des partis pris dramaturgiques, des développements technologiques, une équipe et une esthétique différents.
Les axes de la recherche en 2004
Pour cette nouvelle étape de création, des virus informatiques sont introduits dans le texte. Le projet se prolongeant à travers le temps, nous imaginons que la pièce, incluse
dans la machine, vieillit et qu’elle est contaminée par des virus. Les perturbations textuelles seront surtout l’occasion de sonder plus avant la matière de la pièce,
énigmatique par sa densité théâtrale, politique et poétique.
Les virus produiront des agencements inédits des mots, laissant transparaître de nouvelles fulgurances du texte et perturbant ainsi le jeu des acteurs. Une joute verbale entre
l’acteur et l’ordinateur sera expérimentée grâce à la synthèse vocale. Le texte devient un partenaire de jeu à part entière, presque vivant, évolutif, ce qui ouvre de nouvelles
pistes de jeu pour l’ensemble de l’équipe. Le logiciel « Hamlet-disease » est conçu spécialement à cet effet, en collaboration avec l’association Music2eye. Un
informaticien sera présent sur scène et travaillera en direct. Le chant et la chorégraphie seront également investis par les acteurs. L’attention au corps avait déjà introduite
dans la deuxième étape de création. Elle sera développée et enrichie d’un travail avec un maître de chant sur la voix, le rythme, le chant.
Dans cette nouvelle étape, une danseuse interviendra sur scène chaque soir. Sa danse tentera d’être un reflet de la matière invisible, du corps collectif qui prend forme chaque
soir entre les spectateurs, l’équipe artistique et les machines.
Le fondement de cette recherche est , en écho à la pièce de Heiner Mûller, l’attraction / répulsion qui relient l’homme et la machine, l’homme et le système, chacun désirant ce
que l’autre n’a pas. L’homme recherche l’insensibilité. « Je veux être une machine (…) aucune douleur aucune pensée » dit Hamlet dans Hamlet-machine.
Nous imaginons que la machine/texte, avec la présence des virus, devient presque vivante, qu’elle pleure presque.