Müller écrit Hamlet-machine en 1977. Un texte de neuf pages dans lequel se concentrent toute la violence, tous les déchirements - la mélancolie et
l’irrésolution- qui habitent la pièce la plus célèbre de Shakespeare.
-Ce sont les onze comédiens qui s’emparent du texte, dit Michel Deutsch. Qu’ils soient jeunes est important. Ils trouvent là la possibilité se de confronter à ces problèmes
permanents au théâtre : que faire des classiques ? Qu’est-ce qu’un personnage ? Le théâtre a-t-il encore besoin de personnages ? «J’étais Hamlet» dit le
Hamlet de Heiner Müller.
Il est un intellectuel, comme Faust et don Quichotte - autres figures mythiques de la littérature européenne - Hamlet-machine est une machine
textuelle qui s’interroge sur le rôle et le pouvoir de l’intellectuel. Sur l’impuissance des intellectuels allemands en «de sombres temps ».
Heiner Müller a toujours traité de la face noire de l’histoire d’Allemagne. L’Allemagne, le communisme, le coût de la révolution sont les thèmes majeurs de son œuvre. Avec
Hamlet-machine, les hommes sortent, et la vérité traverse les chambres à coucher avec des couteaux de boucher. La lutte des sexes est l’avenir de la lutte des
classes.
Autant que par Brecht, le texte est déterminé par l’avant-garde américaine, par Lautréamont et Artaud. Saisir le texte de Shakespeare comme une ruine, ruine de
l’Europe ? S’emparer du fragment pour ruiner la totalité.
« Mon travail a d’abord consisté à donner au texte un traitement choral. J’ai aussi essayé de le situer par rapport à l’histoire de la RDA – ce pays qui n’aura duré que 40 ans ! Le spectacle se joue sans décor : la scène nue, des accessoires. Mais en chansons.