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Haarmann, un fait divers

Le héros Haarmann donne son nom à la pièce.
Le personnage de Friedrich Haarmann a défrayé la chronique en Allemagne dans les années 20, c'est à dire dans un climat social incertain lié aux inquiétudes de l’après guerre. Surnommé le loup-garou de Hanovre, Friedrich Haarmann, né en 1879, passa en justice en 1924 pour avoir assassiné 27 jeunes gens, par une morsure mortelle dans la carotide. (La création allemande aura d’ailleurs lieu dans la ville de Hanovre).
Ce personnage de tueur en série, travaillait par ailleurs comme indicateur pour la police depuis 1918. Bien entendu, le procès fit la une de la presse et aboutit à la peine de mort. Haarmann fut pendu en 1925. Les observateurs au procès critiquèrent la police qui aurait retardé l'arrestation de Haarmann, parce qu’il était par ailleurs très actif en tant qu’indicateur dans les milieux interlopes. Haarmann avait en outre déjà été condamné auparavant pour ses moeurs homosexuelles.

Théodore Lessing avait accepté de rendre compte pour le Prager Tageblatt du procès. L'auteur, en démontrant la responsabilité de la police dans cette affaire, devenait gênant, sa carte de presse lui fut retirée et il fut donc exclu des audiences. Mais il a continué à rédiger des articles et il a publié une brochure dans laquelle il fait une étude très approfondie du criminel : Haarmann, histoire d'un loup-garou 1925.
Le sujet a inspiré récemment le réalisateur Karmakar dans son film Der Totmacher (le tueur) qui repose essentiellement sur le dialogue entre Haarmann et le psychiatre Ernst Schulze, chargé d'expertiser la responsabilité pénale de Haarmann. Le réalisateur est fasciné par la dimension psychologique ambiguë, insaisissable, du tueur.

Le temps est à la haine et à la honte

Mayenburg n’aborde pas le sujet dans la perspective historique, il ne se concentre pas non plus sur l’étude d’un cas pathologique, mais il utilise le personnage de serial killer, référent de l’inconscient collectif, pour présenter sur scène une parabole de notre barbarie contemporaine.

L’originalité de cette pièce, est de reposer sur une construction non linéaire, dont le rythme est induit par une composition en séquences brèves et alternées et qui trouve sa force essentiellement dans l'énergie de l'écriture.
La forme labyrinthique est en adéquation avec la difficulté et l’ambiguïté de l’analyse que l’on peut faire d’une telle situation humaine.
L’auteur présente l’histoire de Haarmann sur deux périodes, avant et après son arrestation :
- la forme adoptée pour les scènes «quotidiennes » est le dialogue, elles réalisent un retour sur le passé et révèlent la relation qu’entretenait Haarmann avec ses futures victimes, avec ses proches.
- lorsque commence le procès de Haarmann, l’auteur fait alterner entretiens, interrogatoires et rapports d’expertise. Haamann est alors en relation avec le juge, le commissaire ou le docteur.
Ces temps sont ponctués par des monologues de Haarmann dans lesquels il décrit sur le mode de la médecine légale, les gestes de boucherie qui lui ont permis de se débarrasser des cadavres.
Au spectateur de reconstituer la fable et de se forger une opinion, en prenant en compte les éléments que fournissent ces différentes mises en perspective.
La thématique fascinante et dérangeante de cette pièce offre une belle matière à polémique, elle répond aux critères d'un théâtre qui bouscule les consciences et que réclame notre époque.
Il est commode et payant de nier la violence, et une bonne part de l'activité esthétique consiste en une occultation de la violence, en une présentation sous un aspect "voilé", édulcoré tendance hypnotisante de la création.

Roger Dadoun