theatre-contemporain.net

 
vous êtes ici : Accueil Spectacles Gouaches Compte-rendu
Partager ce spectacle » 
 
 
 

Compte-rendu

Gouaches de Jacques Serena, après avoir été mis en " chantier " la saison dernière à Théâtre Ouvert par Joël Jouanneau, devient spectacle du 15 janvier au 3 février 2001 ; avec Océane Mozas, Christèle Tual (qui participaient déjà toutes deux au chantier), Pierre Louis-Calixte et Isabelle Sadoyan.

On connaît surtout Jacques Serena comme romancier (publié aux Editions de Minuit). Gouaches est sa deuxième pièce. Rimmel, la première, avait déjà été mise en scène par Joël Jouanneau à Théâtre Ouvert. De toute évidence, cet auteur et ce metteur en scène-là ont quelque chose à explorer ensemble. Selon Jacques Serena, Joël Jouanneau va jusqu'au bout des conséquences de ses textes, il sait " aggraver " la situation...

Les personnages de Gouaches se regardent et se frôlent dans un squat, en quête de quelque chose qui pourrait être eux-mêmes, à moins que ce ne soit l'autre. Le désir passe ; de l'une vers l'un ; d'une autre vers la première...
Les quatre personnages sont lâchés dans un espace vide, un no man's land qui, comme ceux qui l'habitent, manque cruellement de repères, de points d'appui. Un " coin " à la fois ouvert et fermé, sans perspectives mais propice au fantasme.
S'il fallait décrire la situation de départ, ce pourrait être ainsi : deux filles et un garçon arrivent dans un squat. Là se trouve un vieux couple ; nous ne verrons jamais l'homme, là-bas derrière, dans la cuisine, un vieil accordéon sur les genoux. La vieille femme quant à elle croit reconnaître en l'une des deux filles (L'Acrobate) sa fille. Après quelques hésitations, la fille en question joue le jeu : " parce que sa mère, passé quinze ans, on la reconnaît jamais trop bien "...
Voici les personnages tels qu'ils sont décrits par Jacques Serena (et tels qu'il sont très justement interprétés par chaque comédien):
L'ACROBATE, encore assez spontanée (Océane Mozas)
GRYCMAN, déjà bien aguerrie (Christèle Tual)
POSTHUME, détaché, fatigué, ce charme malsain (Pierre Louis-Calixte)
FEMME EN CHÂLES, l'éternelle mère, à côté de la plaque (Isabelle Sadoyan)

Au milieu de nulle part, là où seul le présent compte, chacun y va de son fantasme : le resto pour l'Acrobate, l'Acrobate pour Grycman, l'argent que représente l'accordéon du vieil homme pour Posthume : " Non parce que la peinture c'est pas donné. Remarque, un accordéon, ça doit pouvoir se fourguer facile. Ou alors, le mieux, on laisse jaune et ce qu'on tire de l'accordéon on le garde pour tenir au maximum. Parce qu'un pot de peinture, même à l'eau, ça fait pas mal de boîtes de thon en moins, alors moins de jours à pouvoir tenir, ça fait. Toujours le même, finalement, de problème, à savoir si ça vaut mieux de tenir plus longtemps dans du jaunâtre ou moins longtemps dans du clean. "

Les trois squatteurs sont là, restent là. " Vaudrait mieux bouger " dit l'un... Se dégage une impression de pesanteur, d'inertie. La vieille femme, d'ailleurs, " y reste ", étouffée par un sac plastique. Et puis il y a ce désir qui passe et qui les maintient malgré tout, entre flacon de Respilène et boîte périmée d'Ozotine.

L'univers de Gouaches, assez sombre, voire désespéré, dans la mise en scène de Joël Jouanneau et grâce à l'interprétation des comédiens, ne tombe jamais dans le pathos. Si désespoir il y a, on ne peut pas dire qu'il soit triste, ni accablant.
Métaphore poétique et noire de la vie, variation sur le thème des êtres à la dérive, en marge:Gouaches est une pièce tendue, violente, singulière, servie par une distribution excellente.

Et dès le 27 janvier (jusqu'au 3 février), en deuxième partie de soirée, à 22h30, vous pourrez écouter un autre texte de Jacques Serena, mis en scène également par Joël Jouanneau : Velvette, monologue déjanté dit par Jeanne Balibar, accompagnée par le musicien Rodolphe Burger à la guitare et au sample.