D’abord il y a l’écoute, la musicalité de la langue, puis la présence et le jeu de l’acteur, l’ensemble au service d’une écriture polyphonique, celle d’Oriza Hirata, figure reconnue du théâtre contemporain japonais, dans l’une de ses pièces majeures écrite en 1991, Gens de Séoul.
Faire entendre est l’une des ambitions théâtrales de Frédéric Fisbach. Au plus proche du texte de l’auteur japonais, le metteur en scène cisèle ces petits gestes ordinaires qui accompagnent les conversations évanescentes des Gens de Séoul. Il s’agit ici de partager un moment de souvenir comme on regarde un album de photographies, d’interroger le présent à travers le passé, le proche à travers le lointain. Procédant par pointillisme et suggestion, cette pièce évoque la vie d’une famille japonaise aisée installée en Corée en 1909, juste avant l’annexion du pays par le Japon. Sur fond de guerre et de colonialisme, les mots fusent, anodins ou drôles, tantôt fantaisistes ou distancés, effleurant à traits incisifs des thèmes plus graves comme la culture et l’identité.
La mise en scène dévoile le texte dans son rapport à l’Histoire et la confrontation au regard de l’autre. De l’intime, la famille, à la mémoire collective, Frédéric Fisbach fait résonner ces différentes dimensions, en une délicate partition qui rappelle les réunions de famille de Tchekhov ou du cinéaste japonais Ozu. Pas moins d’une vingtaine de personnages interprétés par des acteurs japonais en vêtement d’époque jouent dans un dispositif scénique pouvant évoquer celui du théâtre nô ou bien un salon de thé japonais.
Irène Filiberti