Gengis, petit épicier londonien, est dès maintenant un héros récurrent. Il était le personnage central de Chat et Souris (moutons) (pièce créée en
français en 1999 au théâtre de Gennevilliers), entouré déjà de son oncle et sa tante. Dès la troisième scène, il devenait l’Empereur Gengis Khan. La pièce se terminait comme
Gengis parmi les Pygmées commence : Gengis est debout sur une chaise, une corde autour du cou.
Dans Gengis parmi les Pygmées, Gengis Khan découvre qu’il a gagné le concours pour devenir le chef de la nation. Il aura la charge de regarnir les
rayons et d’élaborer la communication sur la politique de marketing de terrain. De grandes choses sont attendues de lui. Il a le projet de moderniser la boutique, d’accroître le
profit, et de vendre aux gens l’unique article qu’ils n’ont pas encore : le nœud coulant. Après avoir essayé en vain de faire prendre de meilleures habitudes à sa
population grossière, stupide et cupide, il finit par s’aventurer dans une guerre commerciale contre les États-Unis. Puis il devient espion et va travailler clandestinement
comme ouvrière dans une usine de vêtements aux Philippines, où il tombe amoureux d’une collègue, la minuscule Lilipuce.
La satire imprévisible et détonante de Motton s’attaque aux certitudes lisses de la culture de consommation, aux méfaits du soi-disant progrès... et le désodorisant d’atmosphère
n’est pas épargné... Avec absurdité, ironie et hilarité, Gengis parmi les Pygmées dénonce, à la manière de Candide, l’hypocrisie et la banalité des
attitudes et des stratégies, souvent acceptées sans réflexion.
Gregory Motton confirme son talent d’écrivain satirique avec une pièce furieusement et ouvertement drôle, au verbe bref, au rythme vif. Sa liberté de ton entraîne les
personnages dans des situations surprenantes, souvent cocasses, parfois salaces.
Nicole Brette
février 2004