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Extrait de l’interview réalisée pour le périodique du Théâtre National, novembre 2007

TN : Jeanne Dandoy, vous signez l'écriture et la mise en scène de ce nouveau spectacle Game over, comment est né le projet, et comment s'inscrit-il dans votre parcours ?

Jeanne Dandoy : Ce qui prédomine, tant dans mon travail d'actrice, d'écrivain ou de metteur en scène, c'est le besoin de transmettre avec le plus de justesse et de sensibilité possible, les préoccupations qui traversent notre temps. En fait, je ne me définis pas particulièrement comme un metteur en scène mais plutôt comme une créatrice de spectacles, et en cette qualité, je ne suis pas particulièrement intéressée par les textes du répertoire (d'autres s'en chargent mieux que moi) mais plutôt par une réflexion sur le monde d'aujourd'hui, sur nos sociétés et leurs dérives ; aussi ma recherche s'oriente-t-elle dans la préoccupation intense de trouver, avec le médium théâtre (et ses frères incestueux que sont la musique et la vidéo), le biais le plus juste pour toucher le plus grand nombre.
En tant qu'écrivain, il m'importe aussi de créer la langue appropriée, sensible sans être triviale, poétique, sans être déconnectée du réel, celle qui, en creusant des gouffres cérébraux, travaille les êtres dans leur chair, celle du mensonge, celle de la consommation.
Pour Game over, l'idée, qui est à la base de l'écriture de la pièce – cette famille, d'apparence « normale » où les enfants ados finissent par vouloir massacrer leurs parents – est née de divers constats et d'une inquiétude : Si « toute société a les crimes qu'elle mérite »… quels sont les êtres humains qui produisent ces crimes et que notre monde « fabrique »… à son image ? Le nombre de délits mineurs diminue tandis que les crimes de sang sont en augmentation constante chez les jeunes.
Pour preuve les faits divers, de plus en plus nombreux qui relatent les crimes commis par des enfants, les « school shootings », les viols (dont l'âge de l'agresseur peut « démarrer » à 11 ans !) et massacres de camarades de classe, les violences intrafamiliales. Nos adolescents me paraissent très différents de ceux de ma génération ou de ce que furent leurs parents au même âge. Contrairement à nous, ils sont, dès le biberon, complètement gavés de télévision, de jeux vidéo et de sollicitations par internet. Je sais que cette constatation est loin de faire l'unanimité mais des études sérieuses le prouvent.
Ces médias omnipotents et omniprésents dans leur univers, proposent sans cesse un monde en décalage complet avec la réalité, banalisant la violence et le sexe (donnés en pâture quotidienne), et proposant un formatage de l'être humain totalement hors réalité, pouvant conduire aux pires dérives comportementales (déficience de rapports sociaux, obsession du paraître) et alimentaire (anorexie, boulimie, obésité…).
Bref, ces médias fabriqués par l'homme font de ceux qui seront les adultes de demain des êtres fragilisés souvent en perte de repères et capables de poser des actes d'une violence extrême sans en mesurer la portée réelle.