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Game over

de Jeanne Dandoy

mise en scène de Jeanne Dandoy

 
 

La pièce : Game over

Christiane, la maman, Jean-Paul, le papa, Laetitia et Nicolas, les deux enfants, plus Olivier, le petit ami de Laetitia : Une famille “normale” - composée d'humains ni bons ni mauvais - s'apprête à passer un Noël sans histoire. Mais quelque chose dérape, dans le fossé des frustrations et insatisfactions qui chaque jour se creuse plus profond, une limite est franchie, la violence permanente distillée par la télévision et les jeux vidéo finit par sortir de l'écran et s'inscrire dans le réel, comme une tentation irrésistible et peut-être définitive… Le point de départ du texte : un fait divers. En Normandie, un adolescent de 14 ans tue toute sa famille sans motif grave apparent. Ces faits divers hélas se multiplient, et la récurrence d'une extrême violence chez les jeunes, allant jusqu’au crime de sang, à l'école ou dans le cadre familial, impose un questionnement sur l'avenir même de notre société. Jeanne Dandoy prend le sujet à bras le corps et nous jette à la figure une vision crue mais drôle, cynique mais tendre de la famille, de l'incommunicabilité et de ce matraquage télévisuel brutal qui finit par banaliser la violence.
Principalement dédiée aux jeunes, la pièce est composée de scènes très courtes, faites pour se succéder à un rythme rapide, une sorte de “zapping” théâtral où défilent des tableaux aux dialogues brefs.
Pour rendre concrète l'impression de non-communication entre les êtres, et pour se rapprocher d'un parler “jeune”, sans pour autant tenter de caricature benoîte, Jeanne Dandoy dote chaque personnage d'une langue particulière, principalement composée d'expressions récurrentes, et de tics de langage. Leur discours est aussi traversé par des références à des chansons à succès et publicités, comme s'ils étaient contaminés, presque malgré eux par le matraquage médiatique. Les parents ne sont pas en reste : phrases longues, pleines de circonvolutions et d'adverbes pour la mère et clichés ou formules lapidaires pour le père.
Ces dissemblances langagières donnent une impression de cacophonie babélique et d'incompréhensions dangereuses qui semblent contenir en germe le drame qui suivra. Le texte, écrit comme un matériau pour la scène, inclut chansons et images vidéo en alternance avec les scènes jouées.
La mise en scène met fortement l'accent sur le rythme du texte et la succession rapide des séquences.
Le spectateur est sans cesse provoqué par ce rythme et par l'usage d'autres médias comme les images vidéo qui scandent la représentation et stimulent l'attention. Le passage d'un registre à l'autre - chanté, parlé, adresses au public - casse la continuité du jeu et introduit une distance qui laisse place à l'humour et à la réflexion.
La frontalité du code y souligne aussi l'absence de communication entre des êtres perdus, désenchantés.
Ces procédés introduisent une certaine violence décalée qui sort le spectateur de la passivité :

“Je veux que ce soit rapide, drôle, intense, parfois extrêmement violent mais d'une violence différente qu'à l'habitude (non, vous ne verrez rien de gore !), une violence sourde, larvée et qui, si elle se déchaîne, remet le réel au cœur du sujet, lui rend toute sa laideur, pour connecter à travers nos sens avec notre animalité et notre sensibilité, et non avec un divertissement-poubelle. D’autres images réinvestissent le champ du poétique, suscitant de nouvelles interrogations...” Jeanne Dandoy