theatre-contemporain.net, tout le theatre sur le net

 
vous êtes ici : Accueil Spectacles Fin de partie En savoir plus
 
 

Note d'intention

Alors que je viens de monter Bérénice de Jean Racine, je suis très impatient de travailler sur une écriture radicalement différente, où l’économie des mots est à son paroxysme.
Dans Bérénice, il y a une seule didascalie sur cinq actes ; dans Fin de partie, les didascalies représentent à elles seules le tiers du texte, qu’il nous faut respecter à la « lettre », par obligation.
L’un des enjeux de cette mise en scène réside, me semble-t-il, dans l’écart qui pourrait exister entre le respect de la loi (les didascalies) et son interprétation.
Comment la contrainte imposée par le texte à la fois à l’acteur et au metteur en scène ouvre-t-elle sur un espace de création singulier ? Je trouve, paradoxalement, cette contrainte très excitante qui m’oblige à adopter une posture dans le travail proche de celle du chef d’orchestre devant sa partition.
Je ne souhaite pas contextualiser la pièce de Beckett. Cela serait sans doute plus rassurant pour nous et faciliterait notre lecture, mais ce serait aussi, me semble-t-il, lui imprimer une signification trop univoque :
« Signifier ? Nous, signifier ? (Rire bref.) Ah elle est bonne ! » dit Hamm.
Il s’agit plus pour moi d’un espace mental où le langage crée une multiplicité de sens, où chaque mot, chaque réplique sont à considérer comme des éclats poétiques, capables de déclencher chez chacun de nous une réflexion abyssale sur la condition humaine. Mais cette réflexion n’est en rien triste ou morbide, elle peut-être bien au contraire très joyeuse et l’humour parfois grinçant et dévastateur est à percevoir comme une incroyable force de vie.

Bernard Levy

06/06/2006