Depuis quatre ans ce texte de Wallace Shawn se promène dans " les pièces de ma tête ".
Il y a cinq ans, je rencontre le dramaturge et le metteur en scène Lars Norén qui me propose de jouer le rôle de La Mère dans sa pièce Guerre (présentée au cdr de Tours en
2005). Il se trouve que Lars venait de lire Fièvre. Nous décidons ensemble de défendre bec et ongles les mots de Wallace Shawn.
Cela fait donc quatre ans que ce personnage parti à l'aventure de pays lointains ne me lâche plus : ce Candide, étonné par tout ce qu'il découvre est incessamment écartelé
entre la réalité qui le blesse et les valeurs qui sont les siennes.
Cette Fièvre me hante. Je n'arrête pas de penser à la force de ce texte, à son humanité, à la subtilité et la naïveté avec laquelle le personnage s'interroge sur ce
qu'il voit. Des questions simples. Des questions dérangeantes sans doute, loin des certitudes d'une conscience de gauche, loin de toute doctrine, mais si près de notre bonne
conscience...
Des questions qui déstructurent notre point de vue d'occidental.
Dix-neuf ans après l'effondrement de ce Communisme tant honni, le marasme idéologique est devenu notre habit de tous les jours. On s'endimanche parfois d'un nouvel élan ou de belles promesses, mais on attend sagement… Ce personnage, dans sa fièvre, arrive à point, pour reposer des questions fondamentales : à quel changement aspire-t-on vraiment ? Que signifient le renoncement, le sacrifice, le dévouement, le fanatisme, la légitimité de vivre " du bon côté " du monde ? Quand on entend toutes ces questions on ne peut que plonger dans l'intranquillité du " que faire ? ". Pas de réponses, ni aujourd'hui, ni même peut-être demain… Fièvre est l'expression de notre conscience aux aguets.
Simona Maïcanescu