Spectacles
Faire l'amour est une maladie mentale qui gaspille du temps et de l'énergie
Note de mise en scène
Le vide paradoxal d’un appartement meublé : trois hommes, trois générations, trois policiers, trois exclus, provisoires ou définitifs, partagent ce huis clos. Huis clos où
les trois hommes sont relégués.
Les tests subis, les épreuves rencontrées dans l’exercice de leur métier se répercutent ici et se trouvent amplifiés. Ces trois-là abandonnés de toute vie affective, en manque
absolu de toute reconnaissance, surtout professionnelle, pourtant leur seule planche de salut, ces trois-là se veulent, se doivent d’être forts, parce que, quand même ! on
est des hommes, et un homme c’est un homme jusqu’au comique vraiment comique.
Par la scénographie, je souhaite déjouer l’artificialité de la coulisse. En fait, il n’y aura jamais de coulisses pour aucun des trois. La scène est leur monde, à la fois vide
abyssal, labyrinthe et prison. Quand l’un d’entre eux s’isole, les autres, saisis par une forme de panique, n’ont de cesse d’écouter, de deviner et peut-être de dicter ce que le
troisième va faire, ce que, selon eux, il devrait faire ou dire.
Nulle intimité. Si l’on échappe au regard, on ne peut éviter l’oreille, captatrice malgré elle, des secrets les plus intimes.
Nul confort individuel.
Une seule chaise, celle de la Police Nationale. Seuls conforts- collectifs – le canapé trop étroit pour trois hommes et le réfrigérateur réceptacle des bières
consolatrices.
Quelques équipements élémentaires de technologies informatiques. Technologies aliénantes par où le monde peut les interpeler à leur insu, fracassant les fragiles protections de
leur « petit chez eux ».
Justement, le téléphone portable de Thierry apporte une nouvelle puis une photo bientôt reproduite, agrandie, par l’imprimante domestique, matérialisant l’un de ses échecs les
plus douloureux : il nous montre la photo, celle d’un bébé qui vient de naître…
« Elle l’a appelée Anne-Lise. Elle pèse trois kilos sept… »
Le spectacle commence tandis qu’imperceptiblement le grand mur du fond avance, inexorablement, jusqu’à ne laisser qu’un couloir d’avant-scène à la fin de la représentation.
Gilles Chavassieux