Comment peut-on ne plus s’aimer ? Vaste sujet. Le théâtre de Jon Fosse propose une entrée dans les âmes, sans effraction et sans violence. Mais il vient toucher aux fibres
les plus enfouies du cœur humain. Là où notre désir de vivre, d’aimer, de faire, peut se perdre ou s’égarer dans les méandres de la vie.
La «paralysie» du jeune homme quand il doit sortir de l’appartement, ne serait-ce que pour faire les courses, le «ralentissement» de la jeune fille au moment où elle
fait son sac pour le quitter… autant de gestes qui incarnent les mouvements de l’âme plus exactement, sans doute, que les cris, les coups ou les discours habituellement destinés
à les illustrer.
La pièce parvient ainsi à susciter une fascinante tension sur des événements, aussi quotidiens qu’apparemment insignifiants : une visite des parents, la ressemblance
incertaine d’un nouveau-né avec ses géniteurs, l’arrivée d’une lettre, le retour tardif de la jeune fille… C’est par là qu’elle vient nous chuchoter quelque chose qui, par le
plus familier, vient parler à nos sensations les plus intimes.
Avec nos mots mêmes, nos phrases, nos gestes, exposés ici dans leur plus grande simplicité, le théâtre nous rappelle à l’étrangeté de nos vies.
Frédéric Bélier-Garcia