L'auteur suisse Max Frisch couchait sur le papier de ses journaux intimes des séries de questions sans les faire suivre d'aucune réponse : « Avez-vous le sens de l’humour ? », question immédiatement suivie d'une autre : « Même quand vous êtes seul (e) ? ». C'est en se basant sur ces notes que Frank Vercruyssen a monté le spectacle EN QUÊTE (Vraagzucht), qui parle de l'amour, de la mort, de l'amitié, des femmes, de l'argent et de bien d'autres choses encore.
« En m'inspirant de cette liste de questions, j'ai cherché les histoires qui s'y rapportaient et qui me touchaient d'une manière ou d'une autre » dit Frank Vercruyssen. Et c'est ainsi que EN QUÊTE (Vraagzucht) est devenue une compilation d'histoires courtes d'auteurs très divergents : de l'auteur anglo-indien Hanif Kureishi au romancier japonais Haruki Murakami, en passant par l'écrivain américain, Raymond Carver. D'après l'acteur Frank Vercruyssen et sa collaboratrice et éminence grise Jolente De Keersmaeker, il s'agit d'une sorte de testament de l'époque.
Les questions les plus diverses sont posées. Frank Vercruyssen : « Elles sont cependant loin d'être arbitraires. Frisch vous force avec un grand raffinement à
affronter les clichés que vous avez en tête ». « As-tu peur des pauvres ? », demande t-il. Et sans répondre, il passe à la question suivante :
« Pourquoi pas ? ». En la fin gît le venin. De cette façon de poser des questions se dégage une image limpide de la personnalité et de l'univers mental de Max
Frisch. Pourtant, cela ne tient en rien de la biographie, ce qui nous laissait toute liberté. »
Frank Vercruyssen qualifie cette production théâtrale de la troisième partie d'un trajet que Tg STAN accomplit depuis des années.
Le premier volet était Het is nieuwe maan en het wordt aanzienlijk frisser (1991). Basée sur des textes de Büchner, cette production était une réaction
furieuse contre la guerre du Golfe. La deuxième était One 2 life (1996) et se concentrait sur le monde de l'activiste afro-américain George L. Jackson.
« Ces spectacles sont très personnels. Ils reflètent nos propres préoccupations. On peut les lire comme des documents de l'époque, des instantanés de notre propre
trajet. »
La dernière production a été préparée entre septembre et novembre 2002, une période pendant laquelle la menace de guerre se concrétisait. C'est une donnée que l'on ressent bien dans EN QUÊTE (Vraagzucht). Jolente De Keersmaeker : « En fait, ce spectacle traite de tout. Souvent de petites choses de la vie quotidienne, comme l'histoire de Kureishi, qui parle de deux personnes qui vont acheter quelques chaises. Face à cela, Frisch parle d'argent et de patrie. De cette confrontation naît une gamme de possibilités. Naturellement, nous lisons le journal. Il est impossible de ne pas être concerné par l'imminence de la guerre. »
« Il n'en demeure pas moins que cela reste un spectacle » ajoute Frank Vercruyssen. « Lorsqu'on parle d'une liste de questions, on penserait trop vite à un groupe de discussion. Mais il ne s'agit en aucun cas de rabâchages psychiatriques. Les questions sont beaucoup trop laconiques pour cela. En fait, les questions sont plus importantes que les réponses. Pendant le processus de création, je ne me suis jamais vraiment préoccupé des réponses. »
Car ce que Tg STAN cherche avant tout à faire avec cette production, c'est à raconter des histoires. Le fil conducteur dans le choix des textes a été la simplicité. Le style dépouillé et sans pathos de Carver, la simplicité du quotidien. Une recherche sur internet et dans d'innombrables librairies a permis aux auteurs de pratiquer une sélection qui tend, en ce qui concerne la teneur, à rendre les petites misères prosaïques, et sur le plan de la forme, vers une simplicité épurée, presque filmique.
Frank Vercruyssen : « J'ai cherché des textes peu anecdotiques. On peut aborder bien des sujets à partir d'un système de questions et de réponses. Cela vous mène à réfléchir, à établir des relations ou bien à vous mettre en colère. Et tout cela est positif. Nous avons naturellement nos propres idées sur ce que nous mettons en scène. Parfois, les histoires servent à illustrer les questions, parfois à proposer une réponse. Mais nous ne voulons pas faire un spectacle qui aille de A à Z. »
Frank Vercruyssen éprouvait le besoin de porter à la scène quelque chose de petit et de fragile. « Des questions comme : “Est-ce que j'aime quelqu'un ?” ou : “Ai-je des amis ?”. Alors que simultanément, nous savons que nous ne pouvons pas nous taire à propos du contexte plus grand. À propos des salauds qui n'en font qu'à leur guise avec le monde. »
Elke Van Campenhout