…, ce bureau paysager prend forme, bruyant, turbulent, efficace, je suis un carrefour dans ce réseau, je fonctionne, ma tâche consiste à communiquer des dates, à en recevoir, à les faire circuler, téléphone portable et écran, ordinateur portable, partout, nous avons conquis l’espace, l’espace public, celui-ci appartient à notre bataille : les paysages de parcs virtuels des lounges, d’aéroports, de compartiments de bus et de train, tout ce qui bouge, surtout pas d’arrêt, seul celui qui bouge existe, seul celui qui a accès respire, je me souviens comment, dans ma voiture sur le highway à Los Angeles, je suis devenu lentement une partie de cette masse qui avançait, comment j’ai senti le moment lorsque j’ai changé de voie pour me noyer subitement dans cette mer de lumière, comme l’action de se connecter, subitement pris, une petite partie d’un fleuve qui avançait, vu de l’espace, un être qui glissait à travers le désert, protégé et en même temps perpétuellement en danger, c’est ainsi que je tourne le coin à la porte 27 vers la Qualiflyer Business lounge, je connais tous ces gens, ils me sont très familiers, bien que nous n’ayons jamais échangé de parole, nous sommes un, ils sont moi et moi je suis eux, en quoi devrions-nous nous discerner ?, nous avons les mêmes logiciels, le même domaine d’accès, les mêmes épouses, le même service d’escorte, les mêmes contrats, le même employeur, nous bougeons tous de manière aérodynamique à travers ce réseau, système de marchandises, nous ouvrons en même temps nos note books, guerriers, en guerre, nos uniformes de business qui permettent de reconnaître notre grade, des réseaux, des carrefours, je m’y insère, sans problème, conversations au portable, notes de dossiers, notre uniforme de business, à la guerre, nous sommes des guerriers, des guerriers du business, une armée, qu’importe où nous sommes, dans le compartiment du train, à l’aéroport, au business lounge, dans le bus, nous travaillons toujours, nous communiquons, nous n’arrêtons pas, tout est processus et mouvement, rien qui est ne peut être séparé de ce qu’il fait, rien n’est statique, nous sommes un, le monde entier est notre bureau, une mer, une mer, je nage avec vous, camarades, nous sommes en guerre depuis des siècles, nous avons changé nos uniformes, je me connecte, je me déconnecte, je me connecte, je me déconnecte, je suis distribué sur le globe entier, nous ne sommes qu’une toute petite partie de la population du monde, disons, bon, 0,01 pour cent peut-être, plus de la moitié des humains sur ce globe n’a même pas encore donné un coup de fil, et elle dispose encore moins d’un code d’accès à nos réseaux, ils n’ont aucune idée de ce que nous faisons ici, nous envahissons leurs villages, nous violons leurs femmes, nous incendions leurs églises, nous emmenons, ce que nous pouvons saisir, c’est notre monde, pas le vôtre.