"Un petit poisson, un petit oiseau s'aimaient d'amour tendre, mais comment s'y prendre, quand on est dans l'eau…". Cette rengaine de Juliette Gréco me revient en tête en évoquant
les deux héros de la pièce de Falk Richter. Lui est golden boy dans les grandes bourses internationales et elle est caissière dans des super-marchés d'aéroport, mais comment s'y
prendre dans le village planétaire… Ils se croisent dans les airs mais n'arrivent plus à se rencontrer, et cela ne serait rien s'ils arrivaient au moins à se repérer dans la ville
où chacun est en transit…
Mais dans leurs cités respectives, tout se ressemble, chaque immeuble est semblable à l'autre, chaque couloir ressemblant à un autre couloir tout aussi anonyme dans une autre cité
radieuse, éloignée de dix heures d'avion…
Et cela ne serait rien, si, intégrées à l'histoire de l'héroïne-caissière, une équipe de cinéma, une autre de télé-réalité ne la traquaient pas dans les moindres recoins de ses
espaces intérieurs… Et cela ne serait rien, encore, si Electronic City n'était pas organisé en suite d'action et de situations qui se jouent entre des
personnages, mais plutôt en chœur déclamé à grande vitesse et destiné à dix jeunes acteurs qui racontent à tour de rôle l'histoire grotesque et drôle de deux amoureux normalisés
dans le meilleur des mondes, la meilleure des cités électroniques, celle où l'on ne se touche jamais.
Jean-Claude Berutti