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Présentation

Préambule

Du même ventre, est inspirée par des personnes qui ont existé. Néanmoins, après un travail historique scrupuleux, j’ai laissé l’écriture se déployer librement. Et les personnages de l’aînée, de la cadette et du jeune frère ont pris leur autonomie.
Du même ventre n’est pas une pièce documentaire, même si certains faits évoqués se sont réellement produits, les situations et le détail de l’action sont imaginaires la plupart du temps. C’est une pièce sur la fratrie, les rapports d’affection et de haine qui s’y déploient, l’évolution au fil du temps de ce lien presque indissoluble.
Et l’écriture, comme toujours, est tissée entre des choses extraites du réel et des choses inventées.


L’histoire

Ils étaient trois. Du même ventre. Un frère, deux soeurs. Grandis ensemble dans une maison pleine de cris. Élevés par des parents en désaccord perpétuel. Ils étaient trois. Ils ont vécu les disputes, les tensions, l’absence de douceur. Ils ont deviné les fêlures, les secrets, les douleurs, que leurs parents croyaient contenir. Ils ont été petits, ensemble, ils ont partagé de drôles de silences chargés de ces paroles qu’on aimerait tant dire ou tant entendre. Ils ont inventé des jeux, des stratégies, des farces, des révoltes, des révélations pour ne pas rester en enfance.
Dans leur histoire, il y a l’irruption de deux vocations artistiques et des passions amoureuses interdites qui affrontent la norme morale et bien pensante, il y a des enfants qui naissent et des enfants qui ne naissent pas, il y a l’argent qu’on gagne âprement, l’argent qu’on amasse et l’argent qui manque, il y a la foi et son absence.
Ils étaient trois. Du même ventre. Un frère, deux soeurs. Ils s’appelaient Claudel. Camille, Louise et Paul.


La structure

Il me semble que chaque être humain grandit et vit chargé de la place qu’il a dans sa famille, place réelle, liée à l’ordre de naissance, et place symbolique, liée à la projection des parents. Dans la réalité qui a inspirée la pièce, la soeur aînée et le jeune frère ont éprouvé le besoin de créer, de s’exposer aux yeux du monde, tandis que la soeur cadette a contenu son existence dans le cadre conventionnel de la femme bourgeoise. Le jeune frère a réussi à s’imposer dans la société, à fonder une famille, à affirmer une vocation artistique. La soeur aînée, après une période d’épanouissement artistique, a été tenue pour folle durant les trente dernières années de son existence. Tous les deux sont aujourd’hui célébrés, alors que la soeur cadette est totalement ignorée.
Ce qui m’a intéressé, c’est de mettre en jeu les relations de ces trois-là, au fil du temps. Une sorte de combat à trois. Un combat nourri de douleurs, d’amours inaccomplies et de désir de vie. Un combat plein de force, de fureur, d’humour féroce, de bonne santé, de ruse et d’insolence. Un combat sans merci et, puisqu’on en connaît la fin, ce qui m’a semblé passionnant, comme face à un fait divers, c’est de tenter d’en comprendre le déroulement.
Ainsi s’est imposé la structure de la pièce, qui nous fait remonter le temps, depuis la dernière rencontre, où tout est joué, jusqu’à une scène de jeunesse, où tout est jouable. Dans un jeu de piste de la mémoire, chaque scène nous entraîne un peu avant la précédente. Cette structure est ludique et active, comme une enquête, et, en même temps, d’essence tragique, puisque la fin est connue d’emblée.
Cette structure à contre chronologie, m’est d’abord venue de façon intuitive. Elle rend le travail de la narration particulièrement acrobatique, ce qui était stimulant, mais délicat. En la travaillant, cette structure m’a semblé extrêmement juste et passionnante, et amenant un beau rapport entre le sensible et le travail de l’intelligence. Je me suis donc employée à ce que l’histoire racontée à rebours soit limpide, claire, afin de parvenir à tous, y compris à ceux qui n’auraient aucune référence historique.


La mise en scène-la scénographie

La pièce propose 14 séquences et 8 lieux distincts. Il s’agit de préserver la fluidité de l’écriture, qui nous fait remonter le temps par sauts de quelques années ou de quelques mois d’une séquence à l’autre, et glisser, sur la vague d’une phrase, d’une réalité à l’autre.
L’espace sera un lieu où l’on peut apparaître et disparaître. Inspiré de l’atelier de sculpture et des appartements que l’on va quitter, l’espace de la scène sera celui des trois vies emmêlées et séparées. Pas de naturalisme, mais des éléments concrets (objets, meubles…), qui apparaîtront lorsqu’ils seront nécessaires à l’évocation d’un lieu ou à l’accomplissement d’une action. Morceaux et fragments donc. La pièce est écrite dans une sorte de mouvement de mémoire, et lorsqu’on se souvient, on ne se souvient pas de tout.
L’espace scénique sera habité, parfois hanté, parfois secoué, par les corps, les meubles familiers, les statues, et des voiles. Des voiles comme les linges qui recouvrent les moulages en cours dans un atelier, comme des draps qui protègent les meubles avant ou après un déménagement, comme des linceuls, et comme des voiles de bateaux en partance.
Un espace poétique donc, et permettant de joyeuses parties de cache-cache.


Les interprètes

Thierry Belnet, Fabienne Luchetti et Stéphanie Rongeot étaient tous trois présents à mes côtés, lors de l’arrivée au Théâtre de l’Est parisien, en 2001. Dans ce cadre, je les ai dirigés dans des oeuvres variées : Ah là là ! quelle histoire et Anabelle de Catherine Anne, puis Stéphanie Rongeot dans Petit de Catherine Anne, puis Fabienne Luchetti et Thierry Belnet dans Jean et Béatrice de Carole Fréchette.
En quatre ans, de travail intense, ils ont constitué une mini troupe, faite de complicités, de défis vaincus, de discussions vives, d’accords et de dissonances, de plaisirs partagés et d’estime, une sorte de fratrie de théâtre. Lorsque je les entends lire Du même ventre, je sens avec quelle justesse ils abordent d’emblée la pièce, et combien ils sont dans l’évidence de l’être ensemble, si précieuse au théâtre.
À partir de cette évidence, nous travaillerons le jeu d’acteur en trois dimensions : profondeur de la présence, capacité de métamorphose et engagement rigoureux dans l’interprétation poétique du texte.


Un plan de la pièce

1° séquence : 1943 - Le frère à 75 ans - L’aînée à 79 ans À l’asile.

2° séquence : mars 1913 - Le frère à 45 ans – La cadette à 47 ans- Dans la maison familiale, à Villeneuve.

3° séquence : décembre 1912 - L’aînée à 48 ans - Le frère à 44 ans Dans l’atelier.

4° séquence : Été 1909 - La cadette 43 ans – Le frère 41 ans – L’aînée 44 ans Sur le quai.

5° séquence : 26 février 1906. La cadette à 40 ans – L’aînée à 41 ans – Le frère à 37 ans Dans l’appartement de la cadette à Paris.

6° séquence : automne 1905. La cadette à 39 ans – L’aînée à 41 ans – Le frère à 37 ans Dans l’atelier.

7° séquence : printemps 1905. La cadette à 39 ans – L’aînée à 40 ans – Le frère à 36 ans Dans l’appartement de la cadette à Paris.

8° séquence : 7 janvier 1900. La cadette à 34 ans – L’aînée à 36 ans – Le frère à 32 ans Dans la maison familiale, à Villeneuve.

9° séquence : Noël 1896. La cadette à 30 ans – L’aînée à 32 ans Dans la maison familiale, à Villeneuve.

10° séquence : mai 1895. La cadette à 29 ans – L’aînée à 30 ans – Le frère à 27 ans Dans l’appartement du frère, quai Bourbon.

11° séquence : décembre 1892. La cadette à 26 ans – L’aînée à 28 ans – Le frère à 24 ans Paris, l’appartement des parents.

12° séquence : Noël 1890. La cadette à 24 ans – L’aînée à 26 ans – Le frère à 22 ans Paris, l’appartement des parents.

13° séquence : août 1888. La cadette à 22 ans – L’aînée à 23 ans – Le frère à 20 ans Un cellier d’une maison de campagne.

14° séquence : Noël 1886. La cadette à 20 ans – L’aînée à 22 ans – Le frère à 18 ans Paris, l’appartement des parents.