Au départ je voulais m’arrêter devant un corps au travail. Voir la maîtrise du geste, savoir si le corps qui a une maîtrise est un corps libre. Puis je me suis laissée emporter par les mots des artisans interviewés : "Je ne peux résister au hachoir dit la bouchère". Puis leurs réponses ont questionné ma place d’artiste : où est la différence entre artiste et artisan ? Comment est notre corps à nous ? Corps d’ombre face au corps de certitude ? Toutes ces remarques et questions je les ai faites en rencontrant un jeune auteur contemporain. Ronan CHENEAU, à qui j’ai passé une commande. Nous avons décidé de parler de ça, de l’aliénation et de la liberté, de la production d’objets ou d’objets artistiques, des chaussures Nike et des objets de la mondialisation fabriqués par des artisans aliénés.
Le spectacle : Quatre figures contemporaines dont un représentant l’auteur en train d’écrire faisant acte artistique. Leur fiction : ils doivent raconter quelque chose, un moment où ils ont l’impression, de faire partie d’un tout. Le sous-titre du spectacle est d’ailleurs Tout l’amour du monde car il en faut pour réconcilier artisans d’art et de service, artisans et artistes, cultureux et artistes. La société marchande nous menace de son trop plein et de cette drôle d' "indistinction" des corps dissous, des douleurs, des discours par trop d’abondance de proximité et de représentations. Le couple artisan/artiste est l’originalité de ce spectacle car il est emblématique de nos rapports si loin, si proche inconciliable à priori. L’artiste face à l’artisan ne doit pas rivaliser sur ce qu’il sait faire mais plutôt sur ce qu’il ne sait pas faire. L’artiste avance les mains vides à chaque fois. Dire cette différence et en même temps dissiper ce mythe de l’artiste, loin du monde, inspiré. L’artiste doit pouvoir dire qu’il ne sait pas, qu’il est bête et pas plus clairvoyant que les autres. L’artiste est là avec nous tous. Et sa fonction sera de montrer des choses, de les confronter sans jugement de valeur."Pouvoir tout entendre et aimer... car c’est notre drame… nous n’arrivons plus à aimer cette réalité "
Nicole Yanni