Comment est né ce projet ?
Je voulais parler de la femme, je voulais parler de l'amour, d'attraction, de répulsion. Il est né comme cela de hasards successifs qui m'ont mise sur le chemin de Kathy Acker.
Qu'est-ce qui vous touche chez Kathy Acker, le courage qu'elle a eu d'être elle-même ?
Oui, je crois que c'est la force qu'elle a eue de ménager les contradictions qu'il y avait en elle et la force qu'elle a eue de vivre avec ça. Elle expose en permanence les voix différentes qui l'habitent et la manière dont elle essaie de les ménager toutes sans en retrancher une ou l'autre. C'est particulièrement vrai dans son rapport à l'amour : elle parle du désir d'être seule et entière et du désir de vivre avec, d'aimer, de partager. Elle est constamment dans une sorte d'aller-retour sans jamais réussir à réduire une chose en elle. Moi je partage beaucoup ce sentiment. C'est cela qui a fait que j'ai ressenti une grande « sonorité ».
Sur le champ public elle est aussi révoltée, rebelle...
Oui elle possède cette chose, qui n'est pas fréquente dans les écritures de femmes. Le propos ne se réduit pas à la chair. Elle puise son origine dans son corps, et il se développe dans son rapport au monde. Il entretient avec le monde des rapports ambivalents et sans censure. Son écriture est libérée, pulsionnelle, au point qu'elle soit parfois incohérente. C'est un chemin de liberté.
Et comment en fait-on du théâtre ?
En gardant une infime partie de son texte, finalement très peu. En livrant ce matériau à un musicien, une danseuse, et deux comédiens qui l'interprètent. C'est l'espace mental de Kathy Acker qui est là et finalement aussi, je crois, le mien. C'est de l'ordre de la sensation. Car je cherche à éveiller une sensation plutôt que de raconter une histoire.