« Ce texte est sombre mais la lumière y existe.
Outre le deuil, la crise de cette famille est due à l’impossibilité de se dire vraiment, il n’y a plus d’échange, de communication et leurs relations suppriment ce qui peut exister d’essentiel entre les individus.
Ces non-dits conduisent les personnages à une forme d’autodestruction, de destruction de l’autre, de haine, de morbidité et de schizophrénie ; prosaïquement c’est de l’amour qui ne se donne plus… et crève dans sa matrice. Symboliquement, la mort du père représente l’effondrement d’un pouvoir social ; Il s’agit d’un effondrement hiérarchique. Cette mort est également la perte d’un repère constituant la clef de voûte de l’édifice familial. C’est une perte de sens, mais également la (re)découverte des individus face aux autres et à eux-mêmes. Ils découvrent un sens nouveau qui implique une révolution dans la routine familiale. On comprendra la fuite de l’aîné comme une quête de liberté induite par un lien que le père a brisé en se tuant. La mort que le père se donne provoque un rééquilibrage de la petite meute; il y a compétition entre l’aîné et la mère, une compétition sous-jacente: Le cadet est toxicomane, mais davantage bourgeois que la sœur qui se tient debout sur les ruines de son père. Par sa force, la soeur tient la famille tout en la combattant pour la quitter. Puis il y a cette mère qui flotte entre désir et angoisse, entre amour et rancœur… rien ne changera vraiment pour elle… tout demeurera « plus ou moins comme avant » dira-t-elle.
Cependant tous les personnages gardent un certain sens de l’humour, ainsi plane «un ange souriant» sur ce drame nimbé d’obscurité.
Les personnages ne sont pas nommés; on ne connaît ni leur situation sociale, ni leur passé. Les premiers dialogues ne donnent aucune autre information que celle concernant la mort du père; tout commence dans l’affliction et se poursuit dans l’ironie, le déni et la folie. Les personnages et l’histoire sont prétextes à une exposition de conflits sous-jacents, de relations discordantes et de sentiments inexprimés ou exprimés de façon détournée, sarcastique et hypocrite.
Ce texte est écrit en vers libres, sans ponctuation. Les vers forment des unités de sens, qui en appellent à d’autres sous-jacents. Les accents, les tons et les rythmes inhérents habituellement à la ponctuation ont été recherchés au travers du jeu des comédiens en fonction d’un sens plus profond émanant de la contradiction de leurs personnages, et de ces vérités qui n’osent et ne peuvent se dire.
Chaos, désir, foi perdue avec la mort du père, telles sont les forces sombres de ce texte. »