(…)
Caroline éteint sa lampe et regagne son lit à tâtons. On entend le goutte-à-goutte de l’eau de pluie qui tombe dans le récipient.
Caroline : On ne tue pas quelqu’un parce qu’il ronfle.
Dominique : Moi si.
(…)
Lorsque Caroline arrive en prison, Dominique y a déjà passé sept ans et prétend « se plaire en taule ». Pas question donc que qui que ce soit vienne la perturber ou changer ses habitudes. Tout sépare apparemment ces deux femmes : Caroline a de l’éducation et de l’instruction ; Dominique les manières rudes d’une mère de famille dont l’existence a toujours été pénible. Sous haute tension, mais aussi avec beaucoup d’humour, une amitié profonde verra le jour. Petit à petit, chacune livrera son secret.
Avec ce lieu qui a ses lois, pour ne pas dire ses rites, j’ai eu envie de raconter la vie de ces deux femmes qui ressemblent à des milliers d’autres, de m’arrêter un moment avec elles, de partager leur courage quotidiennement mis à l’épreuve.
Denise Chalem
Deux femmes, Dominique et Caroline partagent la même cellule. Deux femmes qui ne se seraient jamais rencontrées autrement. Leurs rapports passeront de l’indifférence à la violence
pour finir par une amitié profonde. Pas une amitié démonstrative mais une amitié faite de pudeur et de non-dits. Dans ce genre de lieu, on ne laisse pas facilement aller, ni à
parler de soi, ni à évoquer ce qu’on peut ressentir envers l’autre.
C’est pourquoi des pans entiers de la pièce se raconteront à travers le langage des corps. Il faut raconter le corps soumis, ses secrets, ses manies, ses obsessions. L’écriture
sur la gestuelle sera donc aussi importante que celle des dialogues.
Paradoxalement tout cela n’exclut pas l’humour. L’humour derrière lequel elles se cachent pour survivre et pour supporter l’absurdité de certaines règles.
Dans l’univers carcéral le temps est un personnage important. Comment le tuer ? Comment aussi donner l’idée de l’extérieur ? Du froid ? De la chaleur ? Des
saisons et de la vie qui passe ?
Seule ouverture : une fenêtre qui laisse entrevoir un coin de ciel. C’est à travers cette fenêtre qu’il faudra traiter l ‘éclairage, passer de la lumière électrique de la
journée à des nuits qui n’en finissent pas.
En prison, le silence n’existe pas. C’est pourquoi la partie sonore est un personnage à part entière. Des coups donnés contre un mur, des cris étouffés, des chants, des bruits de
pas , de portes, de chariots, de clefs…Tout cela doit aider à comprendre que si elles sont deux en cellule, un monde grouille autour d’elles et vit. Il n’est pas question
d’enfermer la pièce dans un cadre trop intimiste.
Avec ce lieu qui a ses lois, pour ne pas dire ses rites, j’ai envie de raconter la vie de ces deux femmes qui ressemblent à des milliers d’autres, de m’arrêter un moment avec
elles, de partager leur courage quotidiennement mis à l’épreuve.
Denise Chalem